Boulimie   : les hommes aussi

Megan Brooks

Auteurs et déclarations

7 novembre 2011

Boulimie des hommes

Les hommes atteints de boulimie ressentent une souffrance et ont un handicap identiques à ceux des femmes, révèle une nouvelle étude.
7 novembre 2011

Paris, France- Une nouvelle étude suggère qu'un « nombre considérable d'hommes » déclare souffrir de boulimie, et que, ces hommes, tout comme les femmes qui souffrent du même trouble, « sont plus à même d'être obèses, de souffrir de dépression, de stress et d'une baisse de productivité au travail », rapporte Ruth H. Striegel-Moore, professeur de sciences sociales (Wesleyan University, Middletown, Connecticut), à Medscape International, suite de la publication de son étude dans l'International Journal of Eating disorders.[1]

« Aujourd'hui, nous savons à partir d'études antérieures que les hommes sont moins susceptibles de demander et de recevoir de l'aide » indique-t-elle. Le Dr Striegel-Moore encourage donc les cliniciens, en particulier ceux qui rencontrent des patients obèses, à les interroger sur leur éventuelle boulimie. C'est particulièrement important chez les hommes qui sont réticents à rechercher de l'aide pour un problème souvent considéré comme celui des femmes.

Lynn S. Grefe, présidente et membre du comité exécutif de la National Eating Disorders Association, qui n'était pas impliquée dans l'étude, commente : « Malheureusement, les hommes sont souvent négligés quand il s'agit de troubles de l'alimentation de toutes sortes. »

Faisant écho aux propos du Dr Striegel-Moore, elle affirme que les stéréotypes persistent, « ce qui rend les choses plus compliquées pour faire en sorte que les hommes admettent qu'ils ont besoin d'aide. Il y a toujours ce mythe de l'anorexie qui affecterait uniquement les femmes, ou qui assimile la boulimie des hommes à un « bon appétit », plutôt que de considérer qu'il puisse s'agir d'un trouble de l'alimentation Je pense que les troubles des hommes, jeunes et adultes, ont été trop longtemps ignorés et heureusement, on s'intéresse aujourd'hui à ce problème. »

Un fardeau comparable

Dans un échantillon transversal de 21 743 hommes et 24 608 femmes qui ont participé à un dépistage des risques pour la santé par auto-évaluation, 1 630 hommes (7,5 %) et 2 754 femmes (11,2%) se sont révélés boulimiques (c'est-à-dire ayant connu 1 épisode de boulimie dans le mois précédent). L'âge moyen de ces personnes boulimiques était de 42 ans.

Comparé aux hommes non boulimiques, ceux qui étaient boulimiques étaient plus susceptibles d'être obèses et de présenter toute une série de problèmes de santé.

Pourcentage d'hommes présentant une atteinte clinique

Critères
Hommes boulimiques
Hommes non boulimiques
Obésité
64,3 %
29,5 %
Hypertension
29,1 %
21,5 %
Dyslipidémie
29,5 %
21,2 %
Diabète type 2
8,7 %
5,0 %
Dépression
37,1 %
12,6 %
Stress élevé
33,1 %
14,3 %

P < 0,0001 pour chacun des critères

Les hommes qui ont dit être boulimiques ont aussi déclaré plus d'arrêts de travail et le sentiment d'être moins productifs au travail que les hommes qui ne le sont pas, ainsi que plus de troubles du sommeil. Les femmes présentaient des problèmes de santé du même ordre et des anomalies cliniques identiques en raison de leur boulimie.

Taux élevé de mortalité

Pour le chercheurs, ces résultats sont particulièrement remarquables du fait que le groupe « boulimie » a inclus toute personne ayant rapporté au moins 1 épisode lors du mois précédent. « La plupart des études menées précédemment et qui se sont intéressées à la boulimie utilisaient des critères plus restrictifs (un épisode de boulimie par semaine au cours des 3 derniers mois), disent-ils.

Le Dr Striegel-Moore note que la plupart des études portant sur les désordres alimentaires ont inclus des femmes. Pour elle, la sous-représentation des hommes dans les recherches sur la boulimie ne permet pas de refléter le niveau d'atteintes cliniques chez les hommes comparé aux femmes. « Des efforts sont nécessaires pour qu'il y ait une prise de conscience des implications cliniques de la boulimie chez les hommes de façon à mettre en place un dépistage et un traitement approprié. »

Mme Grefe a expliqué à Medscape que les troubles de l'alimentation « s'accompagnaient du taux de mortalité le plus élevé de toutes les pathologies mentales, et qu'il fallait que cela change. »

« Notre espoir est que « le corps médical dans son intégralité soit plus attentifs à la reconnaissance des signes et symptômes qui doivent alerter et comment en référer. Quand ce sera le cas, c'est-à-dire quand les médecins sauront diagnostiquer la boulimie aussi facilement que la varicelle, alors seulement il sera possible de réduire l'incidence et la sévérité des désordres alimentaires. Et, par conséquent, nous serons capables de prévenir les décès » explique Mme Grefe.

Le Dr Striegel-Moore a reçu une compensation de la part d'HealthMedia pour son travail sur l'étude. Ses co-auteurs sont des employés de HealthMedia. Mme Grefe n'a pas de conflits d'intérêt.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 28 octobre 2011; adapté par Stéphanie Lavaud.

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