Les traitements de l'hyperactivité n'augmentent pas le risque CV

Deborah Brauser

Auteurs et déclarations

4 novembre 2011

Pas de risque cardiovasculaire avec les traitements de l'hyperactivité/TDAH

Une large étude demandée par la FDA montre que les médicaments du trouble de déficit de l'attention/hyperactivité, comme la Ritaline®, n'augmentent pas le risque d'événements CV graves.
4 novembre 2011

Paris, France- Soupçonnés à plusieurs reprises d'effets d'indésirables de type cardiovasculaires, les médicaments du trouble de déficit de l'attention/hyperactivité (TDAH), comme la Ritaline®, sont disculpés, selon une nouvelle étude [1].

Une étude de cohorte rétrospective portant sur plus d'un million d'enfants et de jeunes adultes n'a montré aucune différence significative en termes d'épisodes cardiaques graves entre les participants ne prenant pas de médicaments anti TDAH, ceux qui sont actuellement sous traitement et les anciens utilisateurs. En outre, seuls 3,1 événements cardiovasculaires graves ont été trouvés pour 100 000 personnes par année.

L'étude a été publiée en ligne le 1er novembre dans le New England Journal of Medicine et financée par des fonds publics dont ceux de la FDA.

81 événements cardiovasculaires graves

Dans cette étude, des données informatisées enregistrées sur la période 1986-2005 ont été évaluées pour 1 200 438 personnes âgées de 2 à 24 ans (âge moyen = 11,1 ans, 71 % d'hommes) issus de 4 grands programmes de santé. Le suivi moyen a porté sur 2,1 années. « Cela représente 2 579 104 personnes par année de suivi, incluant 373 667 personnes par année d'utilisation de traitements TDAH » notent les investigateurs.

Les traitements TDAH incluaient : le méthylphénidate, le dexmethylphénidate, les dextroamphétamines, les sels d'amphétamine, l'atomoxétine et la permoline.

Quels traitements en France ?

Ces médicaments psychostimulants appartiennent à la classe pharmacologique des amphétamines. En France, seul le méthylphénidate (Ritaline°, Concerta°) est commercialisé. Un autre type de traitement a été récemment mis au point : le Strattera® (atomoxétine) mais à l'heure actuelle, il n'est pas encore en vente en France et sa prescription passe par une demande d'ATU (autorisation temporaire d'utilisation).


Le critère primaire était constitué par les événements cardiovasculaires survenant chez n'importe lequel des participants (utilisateurs actuels, passés ou non utilisateurs). Le type d'événements examinés comprenait les morts subites, les infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux.

Au total, 81 événements cardiovasculaires graves ont été notifiés dans la population étudiée, incluant 33 morts subites, 39 accidents vasculaires cérébraux et 9 infarctus du myocarde.

Après ajustement, le taux d'événements cardiaques graves n'était pas significativement augmenté chez les utilisateurs habituels de ces traitements comparés aux non utilisateurs [RR : 0,75 ; IC 95% : 0,31-1,85] ou par des utilisateurs passés versus des non utilisateurs [RR : 1,03 ; IC 95% : 0,57-1,89].

De plus, il n'y avait pas d'augmentation du risque d'événements cardiovasculaires quand les utilisateurs actuels étaient comparés aux anciens utilisateurs [RR : 0,70 ; IC 95% : 0,29-1,72] et aucune augmentation du risque pour n'importe quel événement individuel.

Au final, aucune augmentation du risque n'a été mis en évidence avec le méthylphénidate [RR : 0,96 ; IC 95% : 0,31-2,97], le « traitement le plus utilisé pour les TDAH ».

Nécessité de contrôler régulièrement la PA et la FC

« Nous pensons que cette étude est très rassurante sur le fait qu'il ne semble pas y avoir d'augmentation de risque de mort subite, d'infarctus du myocarde ou d'accidents vasculaires cérébrales chez les patients qui prennent ces traitements » a expliqué le principal investigateur le Pr William O. Cooper, professeur de pédiatrie et de médecine préventive à l'Université Vanderbilt de Nashville (Tennessee), à l'édition internationale de Medscape.

« Ces événements sont heureusement très rares chez les enfants. Même en ayant mené une investigation sur 1,2 millions de jeunes, il existe des limites à la puissance de l'étude. Malgré tout, l'amplitude d'une éventuelle augmentation du risque serait très faible.

« Une augmentation faible à modérée du risque ne peut être exclue. Les professionnels de santé doivent tout de même noter que les produits stimulants et l'atomoxetine ne devraient pas être utilisés chez les patients présentant de graves problèmes cardiaques ou chez qui une augmentation de la pression artérielle (PA) ou du rythme cardiaque serait problématique » indique Sandy Walsh, du Bureau des affaires publiques de la FDA qui a partiellement financé l'étude.

« Les patients avec les médicaments contre le TDAH doivent être régulièrement contrôlés pour détecter les modifications en termes de fréquence cardiaque et de pression artérielle [et] doivent continuer à prendre leur traitement comme prescrit par leur médecin. »

ECG avant prescription

D'après les investigateurs de l'étude, 2,7 millions d'enfants américains se voient prescrire des médicaments contre les TDHA chaque année. Ils font remarquer que bien que de précédentes études aux Etats-Unis et aux Canada aient démontré un lien entre d'événements cardiovasculaires et ces traitements, ces rapports de cas ne « permettent de quantifier le risque de façon fiable ».

Néanmoins, tenant compte des inquiétudes soulevées par ces résultats, l'American Heart Association, en 2008, a considéré, qu'il « était raisonnable » de pratiquer une électrocardiographie chez les patients pédiatriques avant de leur prescrire des traitements contre les TDAH.

Une grande étude observationnelle, publiée en mai 2011 dans Pediatrics, avait déjà montré l'absence d'augmentation d'événements cardiovasculaires liée à l'utilisation des médicaments TDAH. A noter cependant que l'étude avait été financée par Shire, un des laboratoires fabriquant ces traitements.

La FDA rapporte que c'est la première de 3 « études séparées mais reliées » pour évaluer le risque potentiel d'événements cardiovasculaires en lien avec les médicaments pour les TDAH. Les 2 autres études porteront uniquement sur la population adulte.

L'avis du psychiatre

Interrogé par l'édition internationale de Medscape, Le Dr Lenard A. Adler, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent au New York University Langone Medical Center affirme « qu'il s'agit d'une étude très importante. Des événements cardiovasculaires avec ce type de médicaments ont été rapportés plusieurs fois par le passé. Bien que ces faits soient très graves, peu d'études à grande échelle avaient été menées jusqu'à présent pour savoir si ce risque d'accidents était plus grand que celui observé dans la population générale. »

Aujourd'hui, on voit que l'incidence de ces événements ne diffère pas selon les populations étudiées, « cela ne signifie pas qu'il ne faut pas contrôler les individus qui prennent ces traitements mais cela permet de se sentir plus à l'aise » ajoute-t-il. Les recommandations entre les différentes sociétés savantes ne sont pas homogènes, signale-t-il, en espérant que l'étude permette d'établir un consensus sur la question pour l'ensemble des praticiens.


L'étude a été financée par les fonds de la Agency for Healthcare Research and Quality (AHRQ) et de la US Food and Drug Administration (FDA). La liste des conflits d'intérêt déclarés par les différents auteurs est accessible à la fin de l'article original. Le Dr. Adler a rapporté avoir mené des recherches et été consultant pour Shire, Eli Lilly et différentes firmes de médicaments pour les TDHA mais sans aucun conflit d'intérêt avec l'étude présentée.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 1 novembre 2011; adapté et complété par Stéphanie Lavaud.

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