Un adolescent timide sur dix souffrirait de phobie sociale

Fran Lowry

Auteurs et déclarations

27 octobre 2011

La phobie sociale ne doit pas être confondue avec la timidité et doit être traitée

Beaucoup d'adolescents s'estiment timides, mais seulement 12% souffrent de phobie sociale, un trouble psychiatrique qu'il ne faut pas sous-estimer.
27 octobre 2011

Bethesda, Etats-Unis - Timidité ou phobie sociale ? Selon une étude publiée dans l'édition en ligne du 17 octobre de Pediatrics, si beaucoup d'adolescents se disent timides, ils ne sont qu'un sur dix à réellement présenter une phobie sociale [1].

Les timides sont-ils trop souvent étiquetés comme atteints de phobie sociale et traités à tord, en particulier les jeunes ? Cette question fait actuellement débat a expliqué l'auteur principal de l'étude, le Dr Kathleen R. Merikangas (National Institute of Mental Health, Bethesda, Etats-Unis) à l'édition internationale de Medscape.

« Nous avons souhaité étudier la prévalence de la timidité et de la phobie sociale et la seule façon de prendre la mesure exacte du problème était de faire une étude en population générale », a-t-elle indiqué.

Un vrai handicap

Pour réaliser l'enquête National Comorbidity Survey-Adolescent Supplement, l'équipe de Kathleen R. Merikangas a interviewé 10123 adolescents âgés de 13 à 18 ans et 6000 parents vivants aux Etats-Unis. La phobie sociale a été évaluée grâce à une version modifiée du World Health Organization Composite International Diagnostic Interview. (VOIR). Les parents et les adolescents ont également fourni des informations sur la timidité des jeunes et les éventuelles prescriptions. Ils ont été interrogés sur plusieurs troubles mentaux dont la phobie sociale.

« La phobie sociale est un trouble psychiatrique très handicapant. Il interfère avec la vie sociale de la personne, ses activités éducatives et sa réussite scolaire, et limite ses activités extérieures. Les personnes affectées se sentent mal à l'aise au point d'éviter le contact avec les autres ou d'éviter de prendre la parole en classe, et c'est là que nous traçons la limite entre un trait de caractère normal et un trouble », a expliqué Kathleen R. Merikangas.

Les chercheurs ont constaté que près de la moitié des adolescents (46,7%) s'estimaient timides alors que 62,4% d'entre eux l'étaient.

"Il est presque normal de se décrire comme timide ou de décrire son enfant comme timide. C'est comme de dire que quelqu'un a les yeux bleus ou marrons, ou qu'il est extraverti ou intraverti. La timidité est un trait de caractère normal », a fait remarquer Kathleen R. Merikangas.

La phobie sociale augmente avec l'âge

Les auteurs ont observé que parmi les jeunes qui se considéraient comme timides, 12 % présentaient une phobie sociale ou des handicaps sévères induits par la timidité.

En outre, le taux de phobie sociale augmentait avec l'âge des adolescents. Le taux était de 6% chez les jeunes de 13 ans, de 9,6% chez les 15-16 ans et de 10% chez les 17-18 ans.

Kathleen R. Merikangas.a rappelé que la phobie sociale était traitable.

« Les parents des adolescents qui souffrent de phobie sociale peuvent modifier l'environnement de leur enfant, les aider à s'exposer progressivement aux éléments qui exacerbent leur phobie sociale. Une thérapie comportementale ou d'exposition, comparable aux programmes pour lutter contre la peur de voler que certaines lignes aériennes mettent en place, peut aider », a-t-elle souligné.

Elle a ajouté que le système éducatif pouvait aussi aider les adolescents.

« Si le système éducatif reconnaissait la phobie sociale, les professeurs seraient moins sévères avec les jeunes qui ne lèvent pas la main en classe, ou qui ne s'expriment pas en classe. S'ils avaient connaissance de la phobie sociale, ils pourraient les aider au lieu de les punir ».

Un trouble passerelle

Le Pr Anne Marie Albano (Université Columbia, Institut Psychiatrique de l'Etat de New York, New York, Etats-Unis) a commenté pour l'édition internationale de Medscape : « Je pense que c'est une étude importante. Elle a quantifié et clarifié ce que nous savions déjà en psychiatrie, à savoir que la timidité est un trait de caractère banal qui n'est pas un syndrome clinique. Il est distinct de la phobie sociale et du trouble de l'anxiété sociale qui sont handicapants ».

Anne Marie Albano a confirmé qu'il y a beaucoup à faire pour les jeunes atteints de phobie sociale.

« Il existe des traitements par thérapie cognitive comportementale très efficaces, qui leur donne des outils pour gérer leur anxiété et s'intégrer dans le monde social dans lequel ils doivent vivre », a-t-elle expliqué.

Elle a ajouté que pour ceux qui développaient des handicaps plus sévères, l'association de traitements médicamenteux et de la psychothérapie était efficace.

« Ce qu'il faut absolument savoir à propos de la phobie sociale, c'est que c'est un trouble passerelle. Il survient généralement en premier et il est la porte d'entrée à la dépression et aux problèmes de dépendance et de toxicomanie. Il est donc primordial d'aider les jeunes atteints de phobie sociale et de ne pas écarter le problème en pensant qu'il s'agit d'un trait de caractère normal », a-t-elle signalé.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 19 octobre 2011; adapté par Aude Lecrubier.

L'étude a été financée par l'Intramural Research Program du National Institute of Mental Health. Les Drs Merikangas et Albano n'ont pas rapporté de liens d'intérêts.

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