Les conseils de la HAS sur le surpoids et l'obésité : « ni régime, ni médicament »

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 octobre 2011

Recommandations HAS sur prévention obésité, surpoids, enfant, adulte

Face au fléau que représentent le surpoids et l'obésité, la HAS publie des recommandations et des outils pratiques à l'attention des généralistes pour mieux les repérer et les prendre en charge.
6 octobre 2011

Saint-Denis, France - Un adulte sur 2 et 1 enfant sur 5 sont en excès de poids. Des chiffres en augmentation constante même si on note des signes de stabilisation ces derniers temps chez l'enfant. La situation n'a rien d'anodin quand on sait que l'obésité multiplie fortement les risques pour la santé (diabète, maladies cardiovasculaires, etc).

« Améliorer le dépistage et la prise en charge de ces patients est crucial. C'est pourquoi, la Haute Autorité de Santé publie pour la première fois des repères et des outils pratiques pour les professionnels de premier recours ainsi que pour les pédiatres afin de mieux repérer, mieux dépister et installer une prise en charge au long cours », a déclaré le Dr Cédric Grouchka, membre du Collège de l'HAS.

Point fort de ces recommandations qui s'organisent autour de 4 piliers (alimentation, activité physique, soutien psychologique et absence de médicaments) : la place centrale accordée au médecin traitant (ou du pédiatre) dans la prise en charge.

Autre objectif affiché de ces recommandations : sensibiliser le grand public à des messages-clés qui vont parfois à l'encontre des idées reçues concernant notamment les régimes amaigrissants « dont aucun n'est recommandé car inefficaces et parfois même dangereux » et l'absence de médicament. Là encore, le message se veut limpide : « Aucun médicament à visée amaigrissante n'est recommandé » insiste le Dr Grouchka

Au final, la HAS publie des recommandations très pratico-pratiques sous forme de fiches s'accompagnant d'outils (courbes de corpulence, par exemple) et de conseils pratiques (fiches conseil pour l'alimentation/bilan initial d'un excès de poids/etc) adaptées à la pratique clinique.

Surpoids simple de l'adulte : « Surtout ne pas prendre de poids »

En ce qui concerne l'adulte, les recommandations pour la pratique clinique sont les premières du genre. Elles ont été élaborées sous la houlette d'un médecin généraliste, « surement l'intervenant le mieux placé car il connait son patient et peut le prendre en charge sur le long terme » a considéré le Dr Philippe Zerr, médecin généraliste et président du groupe de travail « Surpoids et obésité de l'adulte ».

Pour la première fois, une distinction est faite entre les personnes en surpoids et les personnes obèses.

Retour aux basiques, l'Has recommande le calcul systématique de l'IMC chez tout patient quel que soit son âge, sa corpulence ou le motif de la consultation : « le médecin doit mesurer et peser chaque patient pour calculer l'IMC, même si celui-ci vient pour une entorse » indique le Dr Zerr. De plus, l'examen doit être complété par la mesure du tour de taille.

« Chez l'adulte en simple surpoids, il ne faut pas chercher à maigrir à tout prix mais stopper la prise de poids. Si le tour de taille est peu élevé, l'objectif est de le réduire en augmentant l'activité physique » recommande le Dr Zerr.

« Chez l'adulte avec un IMC supérieur à 30, l'obésité est une maladie chronique », affirme le Dr Zerr. Il faut d'abord s'attacher à stabiliser le poids, à chercher le pourquoi de cette prise de poids (arrêt du tabac, travail posté, soucis affectifs ou professionnels…), avant de prendre en charge les comorbidités associées (diabète, apnée du sommeil, stéatose…) et de proposer un suivi adapté reposant sur l'alimentation, l'activité physique, le soutien psychologique et l'absence de médicaments. 

Chez l'enfant : détecter le risque d'obésité avant même qu'il ne se voit

« Chez l'enfant, l'IMC ne peut être interprété qu'en fonction des courbes de corpulence, différentes chez le garçon et chez la fille » indique le Dr Hélène Thibault, pédiatre (CHU Bordeaux) et présidente du groupe de travail « Surpoids et obésité de l'enfant et de l'adolescent ». L'enfant doit être suivi régulièrement par un professionnel de santé et la valeur d'IMC reportée sur les courbes dès les premiers mois de vie afin de surveiller la présence de signes d'alerte comme une ascension continue ou un rebond d'adiposité précoce.

« Le suivi de la courbe d'IMC permet de repérer le risque d'obésité avant même qu'il ne soit détectable cliniquement, indique la pédiatre, d'autant qu'entre 4 et 8 ans, l'impression clinique est trompeuse. Les médecins et les familles ont ainsi un moyen facile de savoir si leur enfant est en surpoids, obésité ou risque de le devenir. »

Une des nouveautés de ces recommandations concerne ce moment délicat de l'annonce du diagnostic où « il faut savoir utiliser des mots adaptés au contexte familial, professionnel, socio-économique. Il est aussi important de dédramatiser et de déculpabiliser. Une explication du surpoids ou de l'obésité, courbes de corpulence à l'appui, peut aider » considère le Dr Thibault.

Quand le diagnostic est posé et que l'annonce est faite, on peut alors proposer une prise en charge reposant sur les 4 mêmes piliers que chez l'adulte.

Ni régime, ni médicament mais activité physique et soutien psychologique

Les 4 piliers de la prise en charge établis par la HAS, tant pour les adultes que pour les enfants, sont :

L'alimentation grâce à un accompagnement diététique et un suivi régulier. Le régime est à bannir car inefficace, voire contre-productif (effet yoyo) et finalement nocif. Chez l'enfant, idem. « On ne parle pas de régime mais on préconise de revenir à l'alimentation recommandée pour tous les enfants en population générale, sur la base du PNNS » indique le Dr Thibault. De même, aucun aliment n'est à bannir.

L'activité physique, et pas seulement le sport, à raison de 30 min par jour, 5 fois par semaine pour les adultes, et d'une heure quotidienne pour les enfants, dont le jeu et le plaisir ne doivent pas être absents.

Un accompagnement psychologique, qui peut être réalisé par le médecin généraliste pour l'adulte, et complété si nécessaire par d'autres professionnels de santé (médecins nutritionnels, psychologues). Chez l'enfant, l'orientation vers un pédopsychiatre et/ou un psychologue peut être recommandée.

Pas de traitements médicamenteux, chez l'adulte comme chez l'enfant.

Par ailleurs, l'Inpes publie un outil pour accompagner ces recommandations intitulé « recommandations du PNNS pour les enfants et les adolescents » sous forme d'une fiche comportant des repères sur les différents types d'aliments ou encore l'organisation des repas dans la journée.

Les Drs Zerr et Thibault n'ont pas de conflits d'intérêt.

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