Un test urinaire pour distinguer le diabète type 1 du type MODY chez l'enfant

Daniel M. Keller

Auteurs et déclarations

22 septembre 2011

EASD 201, test diagnostic pour différencier le diabète type 1 du type MODY

Une équipe anglaise vient de mettre au point un test urinaire à domicile qui permet de distinguer le diabète de type 1 du diabète de type Maturity-Onset Diabetes of the Young (MODY), évitant ainsi une insulinothérapie parfois inutile.
22 septembre 2011

Lisbonne, Portugal -Mesurer dans les urines le rapport peptide-C sur créatinine en postprandial permet de distinguer le diabète de type Maturity-Onset Diabetes of the Young (MODY) du diabète de type 1, évitant ainsi à certains enfants une insulinothérapie superflue, a indiqué le Dr Rachel Besser (Peninsula Medical School, Exeter, Royaume-Uni) lors du 47ème congrès de l' European Association for the Study of Diabetes (EASD) [1].

Rachel Besser a précisé que le test urinaire avait une sensibilité diagnostique de 100% pour le diabète de type MODY et une spécificité de 78%, et qu'il pourrait être utile même très tôt après le diagnostic.

Le diabète MODY est un diabète non insulinodépendant (de type 2) qui altère la fonction des cellules â. Il représente 1 à 3% des cas de diabète. Il débute généralement avant 25 ans d'où sa qualification de diabète de type adulte chez le jeune. Le diabète MODY est transmis selon une hérédité autosomique dominante. Il est monogénique et plusieurs gènes sont impliqués (HNF1A, HNF4A et GCK). Les formes HNF1A, HNF4A, sont sensibles au traitement par sulfamides hypoglycémiants alors que la forme glucokinase ne l'est pas. Près de 30% des jeunes atteints d'un diabète de type MODY sont diagnostiqués, à tort, diabétiques de type 1 et reçoivent de l'insuline.

 
Près de 30% des jeunes atteints d'un diabète de type MODY sont diagnostiqués, à tort, diabétiques de type 1 et reçoivent de l'insuline
 

Ce nouveau test réalisable à domicile pourrait devenir une alternative au traditionnel repas test qui permet de distinguer les deux types de diabète mais qui est limité par la nécessité de se rendre à l'hôpital à jeun et d'y rester deux heures.

Un test urinaire pratiqué au domicile

« A Exeter, nous avons développé un test urinaire qui détermine le rapport peptide C urinaire-créatinine et qui est stable à température ambiante pendant 3 jours dans l'acide borique », a expliqué Rachel Besser.

Les patients font le test à la maison et envoient l'échantillon par courrier le matin suivant. L'utilisation du ratio de créatinine rend compte de la concentration de l'urine. « Nous avons montré que le recueil de l'urine après un repas normal à la maison était bien corrélé au dosage du peptide C à 90 minutes après un repas test », a-t-elle précisé.

Rachel Besser a montré que la fiabilité du test permettait de distinguer les patients diabétiques de type 1 (n=69) des patients atteints d'un diabète monogénique (n=77) avec un ratio urinaire de peptide C-créatinine de respectivement moins de 0,02 et de 1,72 (p<0,01).

Après analyse, les chercheurs ont montré que le seuil de discrimination du test entre les deux formes de diabète était de 0,2.

Un test fiable chez les enfants

Afin de vérifier si le test était réalisable chez les enfants, même très tôt après le diagnostic, les chercheurs ont mené une étude croisée avec des enfants diabétiques de type 1 (n=135) et des enfants atteints d'un diabète de type MODY (n=52). Les participants avaient moins de 18 ans et présentaient une fonction rénale normale. En pratique, les jeunes ont vidé leur vessie avant de souper et ont envoyé l'échantillon d'urine recueillie deux heures après le repas par la poste le jour suivant.

Les valeurs moyennes du ratio peptide C-créatinine étaient similaires pour les formes HNF1A/HNF4A et GCK, 3,9 nmol/mmol et 3,4 nmol/mmol (p=0,4) mais la valeur combinée des groupes MODY était significativement différente de la valeur du groupe des diabétiques de type 1 (0,07 nmol/mmol, p<0,0001).

Rachel Besser a, toutefois, indiqué qu'il existait des croisements de valeurs entre les groupes MODY et « diabète de type 1 » lorsque le diagnostic était récent, mais que pour les diabétiques de type 1, les valeurs du test chutaient à zéro en près de deux ans et demi. Les patients du groupe MODY continuent eux à avoir un ratio positif parce qu'ils produisent toujours de l'insuline et donc le peptide C.

Rachel Besser conclu que le test urinaire du rapport peptide C sur créatinine pourrait être utile pour distinguer le diabète MODY du diabète de type 1 dans les diabètes pédiatriques. Un rapport supérieur à 0,79 nmol/mmol permettait d'identifier les diabètes MODY avec une sensibilité de 100% et une spécificité de 78%. Au total, 22% des patients diabétiques de type 1 avaient des valeurs de test supérieures à 0,79 mais tous avaient été diagnostiqués dans les 5 ans.

En pratique

La chercheuse ne recommande pas de test moléculaire du diabète MODY pour les patients dont le ratio est inférieur à 0,79. Elle propose aussi que les patients ayant des valeurs supérieures à ce seuil bénéficient d'un test par détection des auto-anticorps anti-insuline avant de faire un test génétique.

Le modérateur de la session, le Dr Henk-Jan Anstoot, pédiatre à Rotterdam (Pays-Bas) a expliqué à l'édition internationale de Medscape que les médecins établissaient probablement un peu vite le diagnostic de diabète de type 1 lorsque la maladie apparaissait dans l'enfance. Il a précisé qu'étant donné la transmission héréditaire autosomique dominante du diabète de type MODY, l'historique de la famille était un bon indicateur.

Il a ajouté que le test urinaire du rapport peptide C sur créatinine devait encore être validé.

Un des membres de l'audience a, par ailleurs suggéré que l'insuline exogène pouvait inhiber la production d'insuline endogène, et par conséquence, diminuer les taux plasmatiques et urinaires de peptide C.

« L'importance [de distinguer le diabète MODY du diabète de type 1] est qu'il est possible de le traiter de manière différente, avec des antidiabétiques oraux plutôt qu'avec de l'insuline », a-t-il remarqué.

Il a souligné que certains patients de sa clinique avaient reçu 30 ans d'insuline avant de changer pour un traitement oral comme les sulfamides hypoglycémiants, bien mieux tolérés sur le plan des hypoglycémies.

Les Dr Besser et Anstoot n'ont pas rapporté de liens d'intérêts en rapport avec ce travail. L'étude n'a pas reçu de financements..

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 14 septembre 2011; adapté par Aude Lecrubier.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....