Symptômes résiduels des troubles bipolaires traités par bleu de méthylène

Jill Stein

Auteurs et déclarations

12 septembre 2011

L'ajout du bleu de méthylène, à dose pharmacologique, aux traitements classiques des troubles bipolaires pourrait améliorer les symptômes dépressifs et anxieux, résiduels après un épisode aigu. 12 septembre 2011

Paris, France - Une étude de phase 3 présentée au 24ème congrès de l'European College of Neuropsychopharmacology (ECNP) suggère que le bleu de méthylène, utilisé depuis longtemps dans de nombreuses applications, réduit significativement les symptômes dépressifs et maniaques des patients bipolaires [1].

Toutefois, les données de cette étude de 26 semaines sur 37 patients indiquent aussi que l'agent oral n'améliore que légèrement les symptômes cognitifs

« Les symptômes résiduels de la dépression et de l'anxiété surviennent chez plus de la moitié des patients traités pour un trouble bipolaire, et sont souvent la raison principale pour laquelle les patients ne peuvent pas retourner à un fonctionnement optimal », a commenté le Dr Martin Alda (Université d'Halifax, Canada) pour l'édition internationale de Medscape.

« Les approches classiques de la prise en charge des symptômes résiduels, qui impliquent typiquement les stabilisateurs de l'humeur de type lithium, carbamazepine, antipsychotiques atypiques et lamotrigine, peuvent être utiles chez les patients qui ne sont plus en dépression profonde ou dans un état maniaque sévère, mais qui ne sont toujours pas capables de fonctionner normalement ».

Le Dr Alda a précisé que près d'un tiers des patients bipolaires bénéficiaient de façon significative du lithium en monothérapie et qu'ils n'avaient pas de symptômes résiduels ou d'altération cognitive. Ces derniers ont été exclus de l'analyse.

Tester l'hypothèse d'une action neuroprotectrice

Le bleu de méthylène est utilisé en premier lieu comme traitement de l'empoisonnement au monoxyde de carbone, et comme colorant pour mieux visualiser les tissus pendant une procédure chirurgicale.

Auparavant, des études cliniques sur les troubles bipolaires ont rapporté les bénéfices du bleu de méthylène sur l'humeur.

Pour l'équipe du Dr Alda, le bleu de méthylène pourrait améliorer les symptômes résiduels des patients bipolaires par une action neuroprotectrice médiée par l'oxyde nitrique synthétase et la guanylate cyclase.

Pour tester leur hypothèse, les auteurs ont inclus 37 hommes âgés de 18 à 65 ans répondant aux critères RDC (Research Diagnostic Criteria) et aux critères du DSM IV (Diagnostic Services Manual IV) pour les troubles bipolaires de type 1.

A l'entrée dans l'étude, 20 patients étaient euthymiques, 14 étaient légèrement déprimés et trois étaient sujets à des variations cycliques légères de l'humeur.

Les patients ont été randomisés pour recevoir 13 semaines de traitement de bleu de méthylène soit à faible dose (15mg/j) tenant lieu de placebo soit à haute dose (165 mg/j) et ont ensuite interverti les traitements 13 semaines supplémentaires. Le bleu de méthylène teintant les urines, il n'était pas possible d'utiliser un placebo standard.

L'ensemble des participants recevaient la lamotrigine (Lamictal®) comme premier thymorégulateur. D'autres traitements étaient autorisés s'ils étaient pris de façon constante pendant toute la durée de l'essai.

Une amélioration nette sur les symptômes résiduels dépressifs et anxieux

« Notre principale donnée est que la dose active de bleu de méthylène était très efficace sur les problèmes résiduels, les patients se sentaient mieux, ce qui était confirmé par les mesures objectives des échelles d'anxiété et de dépression, notamment » a noté le Dr Alda.

Le score initial de l'échelle d'appréciation de la dépression de Montgomery-Asberg (échelle MADRS) était de 11,1 ± 7,7, celui de l'échelle d'Hamilton (HAMD) était de 5,5 ± 5,0, celui de l'échelle d'évaluation de la manie (YMRS) était de 2,8±3,2 et celui de l'échelle d'appréciation de l'anxiété d'Hamilton (HAMA) était de 7,4 ± 4,6.

Comparé à la dose de placebo, la dose pharmacologiquement active de bleu de méthylène a amélioré les symptômes de dépression sur les échelles MADRS et HAMD de 6,6 ± 14,2 et de 4,1 ± 10 points, respectivement (effet tailles de 0,47 et 0,42; p=0,002 et p=0,003).

En outre, les patients qui recevaient la dose pharmacologiquement active ont présenté une amélioration de l'anxiété sur l'échelle HAMA de 4,1± 9 points (effet taille de 0,46, p=0,004). Les scores de la manie sont restés bas et constants sur toute la durée de l'étude (p=NS).

Globalement, le médicament a été bien toléré. Les auteurs ont seulement rapporté quelques événements indésirables transitoires notamment des nausées.

En ce qui concernait les sorties d'étude, 10 patients ont quitté l'étude surtout en raison de la gêne occasionnée par la coloration des urines en bleu. En revanche, 5 patients ont choisi de continuer à recevoir le traitement après la clôture de l'essai.

Peu d'impact sur le fonctionnement cognitif

« Bien qu'il n'y ait pas de traitement spécifique indiqué dans la prise en charge des symptômes résiduels dans les troubles bipolaires, il y existe encore moins d'options pour l'altération des processus cognitifs, présente chez la majorité des patients atteints de troubles bipolaires. Différentes pistes ont été explorées dont la réhabilitation cognitive, l'insuline inhalée et la N-acétylcystéine, mais rien ne s'est révélé totalement efficace et aucune de ces méthodes n'est utilisée dans la pratique. », a souligné le Dr Alda.

Dans cette étude, l'effet du bleu de méthylène sur les symptômes cognitifs comme la mémoire verbale était faible et peu significatif. Mais, point important, le bleu de méthylène n'aggravait pas les symptômes cognitifs.

« Les résultats étaient moins impressionnants sur la mémoire verbale [que sur les symptômes dépressifs et anxieux], mais nous ne savons pas si la période de 13 semaines était suffisamment longue pour améliorer le fonctionnement neuropsychologique. Ce dernier a pu être mesuré statistiquement mais il n'avait pas un effet important sur le fonctionnement global », a commenté le Dr Alda.

Troubles bipolaires: une maladie traitable

« Notre message principal est que le bleu de méthylène est un bon traitement pour les patients bipolaires qui ne sont pas stabilisés sous traitement. Le second est que les personnes atteintes de troubles bipolaires peuvent aller beaucoup mieux avec un traitement supplémentaire, au point de récupérer un fonctionnement normal. Donc, quand nous voyons des patients qui vont un peu mieux, nous ne devrions pas nous en satisfaire et tenter d'obtenir le rétablissement le plus complet possible », a indiqué le Dr Alda.

Pour ce psychiatre, le bleu de méthylène à dose pharmacologique pourrait être un traitement d'ajustement plutôt qu'un thymorégulateur de première ligne, à proposer à de nombreux patients après un épisode de manie ou de dépression. 

Cette étude a été financée par l'institut Stanley Medical Research de Washington DC. Le Dr Martin Alda n'a pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec ce travail.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 06 septembre 2011 ; auteur Jill Stein. Adapté par Aude Lecrubier.

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