10 ans après le11 septembre, les conséquences sanitaires

Jim Kling

Auteurs et déclarations

9 septembre 2011

Mortalité, cancers, troubles physiques et mentaux : les suites du 11 septembre

A l'occasion du 10ème anniversaire du 11 septembre 2001, le Lancet consacre une édition spéciale aux conséquences à moyen terme des attaques terroristes sur la santé physique, mentale et la santé publique des équipes de secours et de nettoyage exposés.
9 septembre 2011

New York, Etats-Unis-Dans son numéro de septembre, dédié au 10ème anniversaire du 11 septembre 2001, le Lancet publie trois études sur les conséquences de cet événement sur les membres des équipes de secours et de nettoyage de la ville de New York. Deux d'entre elles pointent un nombre accru de problèmes de santé, avec notamment un risque plus élevé de cancers et des complications respiratoires. Etonnamment, la troisième montre un taux de mortalité réduit.

Une étude menée par Zeig-Owens R et coll. (Albert Einstein College of Medicine Montefiore Medical Center, New York, Etats-Unis) a examiné l'incidence des cancers avant les attaques du 11 septembre et dans les 7 années qui ont suivi chez les pompiers exposés et chez les pompiers non exposés à l'incendie du World Trade Center (WTC) [1]. Au total, 9853 hommes pompiers de la ville de New York intervenus sur l'incendie et exerçant au 1er janvier 1996 ont été inclus. Les chercheurs ont eu accès aux dossiers de santé des participants dont les données remontaient bien avant les attaques de septembre 2001.

Un excès modéré des cas de cancers

Parmi les pompiers exposés, 263 cas de cancers ont été rapportés contre 135 dans le groupe "non exposé". Comparés à la population masculine américaine présentant les mêmes caractéristiques démographiques, les pompiers exposés avaient un sur-risque de 10% de développer un cancer. Par rapport aux pompiers de la ville de New York qui n'avaient pas été exposés, leur risque augmentait de 19% en corrigeant les éventuels biais de surveillance, et de 32 % sans correction des biais de surveillance.

Le taux de tabagisme moins élevé, une meilleure condition physique, et des conditions d'embauche drastiques sur le plan sanitaire chez les pompiers expliqueraient, en partie, le taux de cancers inférieur chez les pompiers non-exposés par rapport à la population générale.

D'après les auteurs, l'augmentation des taux de cancers chez les pompiers exposés pourrait être attribuée à la présence de particules toxiques dans la poussière du WTC, notamment de carcinogènes comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques, de polychlorobiphényles, et de dioxines. L'exposition pourrait aussi avoir induit une inflammation chronique, probablement impliquée dans l'oncogénèse.

Les auteurs notent que leurs résultats imposent de continuer à suivre les pompiers exposés à l'incendie du WTC, notamment sur l'incidence des cancers.

Ils incitent également à rester prudents quant à l'interprétation des résultats. « Le temps écoulé depuis le 11 septembre est court pour déterminer l'issue de cancers, et l'excès de cancers rapporté n'est pas limité à un type d'organes spécifique », soulignent-ils.

Des problèmes de santé physique et mentale importants

Une deuxième étude a été consacrée à la santé physique et mentale des membres des équipes de secours et de nettoyage impliqués dans les événements du 11 septembre [2].

Sur les 50 000 personnes qui ont participé au travail de secours et de nettoyage consécutif aux attaques, Wisnivesky JP et coll. (Mount Sinai School of Medicine, New York, Etats-Unis) en ont suivi 27 449. Les participants se sont inscrits volontairement au programme de dépistage, suivi et traitement du WTC, au cours duquel ils ont été régulièrement examinés pour leur santé physique et mentale. Les participants comprenaient des officiers de police, des pompiers, des ouvriers du bâtiment et des employés municipaux.

Les chercheurs ont classé les participants dans 4 catégories en fonction de leur niveau d'exposition, calculé en fonction du nombre de jours sur le site du WTC, au travail dans les décombres, et à l'exposition au nuage de poussière : faible (14% des participants), intermédiaire (65%), élevé (18%) et très élevé (3%).Les participants ont été suivis pendant 9 ans après les attaques.

L'étude a confirmé l'hypothèse d'une association entre inhalation de poussière alcaline et problèmes respiratoires. En outre, l'incidence cumulée sur 9 ans était de 27,6 % pour l'asthme (nombre de sujets à risque : 7027), de 42,3 % pour la sinusite (5870), et de 39,3 % pour le reflux gastro-œsophagien (5650). L'incidence cumulée était de 41,8 % pour les anomalies spirométriques (nombre de sujets à risque : 5769), dont trois-quarts se manifestaient par une diminution de la capacité vitale forcée.

Les incidences cumulées des troubles mentaux étaient également élevées : dépression, 28%, syndrome post-traumatique, 32%, trouble panique 21%. En comparaison, les officiers de police avaient des incidences cumulées de dépression de 7% et de syndrome post traumatique de 9%.

Dans la majeure partie des cas, les différents troubles survenaient plus fréquemment chez les sujets qui avaient été fortement exposés, notamment pour l'asthme, la sinusite et le syndrome gastro-œsophagien.

Les comorbidités aussi étaient fréquentes. Près de la moitié de ceux qui souffraient d'un asthme (48%), 38% de ceux qui avaient une sinusite et 43% de ceux qui souffraient d'un reflux gastro-œsophagien présentaient aussi au moins un trouble mental. L'inverse était également vrai, 69% des membres des équipes de secours et de nettoyage qui souffraient d'un syndrome post traumatique, 70% des patients dépressifs et 72% des patients qui étaient atteints d'un trouble panique présentaient aussi au moins un problème physique.

Auparavant, d'autres données ont montré que les officiers de police de la ville de New York, avaient un risque plus faible de développer des troubles mentaux. «  Les raisons qui pourraient expliquer ces données sont l'entraînement, le fait d'avoir été confrontés à des facteurs de stress comparables par le passé, l'auto-sélection d'individus avec une forte résilience lors du processus d'embauche, et la possibilité que les symptômes psychologiques aient été sous-rapportés de peur de possibles répercutions sur leur travail », indiquent les auteurs.

Ces données soulignent l'intérêt de poursuivre la surveillance et le traitement des équipes de secours et de nettoyage du WTC.

Données de mortalité

Le 11 septembre 2001, le désastre du World Trade Center a eu plusieurs effets sur la santé mais l'augmentation éventuelle de la mortalité consécutive à cet événement n'avait pas encore été évaluée.

Une troisième étude menée par Jordan HT et coll. (New York City Department of Health and Mental Hygiene, New York, Etats-Unis) a donc examiné si la mortalité avait augmenté chez les personnes exposées à cet événement [3]. Il en ressort que la mortalité toute cause des membres des équipes de secours et de nettoyage et des civils exposés était plus basse que celle de la population générale de la ville de New York.

Dans cette étude de cohorte observationnelle, les décès survenus dans les années 2003 à 2009 chez les participants du registre de la santé du WTC résidant dans la ville de New York ont été identifiés par des recoupements avec les registres d'état civil de New York City et le registre des décès national. Les participants étaient les volontaires et les membres des équipes de secours et de nettoyage, les résidents du bas de Manhattan, les travailleurs, le personnel des écoles et les élèves, ainsi que les banlieusards et les passants présents le 11 septembre.

Les chercheurs ont aussi calculé les rapports de mortalité normalisés des résidents de la ville de New York entre 2000 et 2009. Des comparaisons à l'intérieur des groupes ont été réalisées entre les participants qui avaient été fortement ou moyennement exposés et ceux qui avaient été faiblement exposés.

Ont été dénombrés 156 décès parmi les 13 337 membres des équipes de secours et de nettoyage et 634 décès chez les 28 593 autres. Après ajustement pour l'âge, le sexe, l'origine ethnique et le calendrier annuel, comparés à la population générale de la ville de New York, les participants à l'étude avaient une réduction de la mortalité toute cause de 43%. La baisse de la mortalité toute cause était de 55% chez les membres des équipes de secours et de nettoyage et de 39% chez les autres.

Aucune association n'a été trouvée entre le niveau d'exposition élevé et le taux de mortalité chez les membres des équipes de secours et de nettoyage.

Chez les personnes ne participant pas aux équipes de secours et de nettoyage, les niveaux d'exposition élevé et intermédiaire étaient associés à des taux de mortalité toute cause plus élevés (22% de sur risque pour le niveau d'exposition intermédiaire et 56 % de sur risque pour le niveau d'exposition le plus élevé).

Les individus qui n'appartenaient pas aux équipes de secours et de nettoyage et qui étaient fortement exposés avaient plus de 2 fois plus de risque de décéder d'une maladie cardiaque que ceux qui n'avaient pas été exposés.

D'après les auteurs, le fait que les taux de mortalité ne soient pas plus élevés que dans la population générale n'est pas si surprenant car les pathologies étudiées ont des temps de latence et de survie longs. Ils ajoutent que le fait que les taux de mortalité soient plus bas pourrait être expliqué par la forte proportion de participants employés, une catégorie de la population en meilleure santé que la population générale. Parallèlement, les participants volontaires aux études tendent à avoir une meilleure santé comparés à la population générale. « Ces deux effets devraient disparaitre avec le temps, et le risque de décès prématuré associé à l'exposition à l'incendie du World Trade Center apparaitra probablement au fil des analyses des inscrits au du registre de la santé du WTC», notent les auteurs.

Dans un éditorial accompagnant l'article, l'auteur souligne que : « Cet anniversaire devrait aussi attirer notre attention sur le fait que cette perte incompréhensible de très nombreuses vies humaines peut masquer les petites et effroyables tragédies qui frappent des individus et des familles. Le 10ème anniversaire du 11 septembre concerne les personnes décédées, mais aussi les familles et les communautés laissées derrière eux, pas seulement en Amérique, mais aussi en Irak, en Afghanistan et dans tous les endroits qui ont souffert d'événements terroristes dans le monde ».

Un des auteurs de l'étude sur les effets du 11 septembre sur la santé physique et mentale est membre du comité de recherche d'EHE international. Les autres auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt en rapport avec ces études.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 01 septembre 2011; adapté et complété par Aude Lecrubier.

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