Opioïdes sur prescription, décès en augmentation

Fran Lowry

Auteurs et déclarations

9 septembre 2011

Mortalité en augmentation, opioïdes sur prescription

Quand il s'agit de traiter les douleurs non cancéreuses par opioïdes, le remède peut s'avérer pire que le mal, selon un article publié dans le BMJ.
9 septembre 2011

Toronto, Canada._ Les décès suite à une prescription d'opioïdes dans le cas de douleurs chroniques non cancéreuses ont triplé aux Etats-Unis entre 1999 et 2007 et sont en augmentation au Royaume-Uni et dans d'autres pays, écrivent le Dr Irfan Dhalla de l'Université de Toronto (Ontario, Canada) et ses collègues.

Plus de 1 000 décès surviennent tous les mois, juste aux Etats-Unis, à la suite d'une overdose aux opioïdes, a expliqué le Dr Dhalla à Medscape Medical News.

« Les praticiens doivent être plus prudents quand ils prescrivent des opioïdes en cas de douleurs chroniques non cancéreuses et les gouvernements et agences de régulation doivent faire de sorte que les médecins prescrivent de façon plus sure » affirme-t-il.

Les praticiens prescrivent plus facilement des opioïdes dans les douleurs chroniques non cancéreuses depuis ces 25 dernières années, et les décès impliquant les analgésiques sont passés de 4041 en 1999 à 14459 en 2007. De tels décès sont désormais plus fréquents que ceux induits par les myélomes, le HIV et les cirrhoses du foie.

Un risque supérieur au bénéfice

Principal coupable : l'oxycodone. Les décès causés par ce produit -lesquels sont majoritairement involontaires et surviennent chez des personnes relativement jeunes_ ont augmenté particulièrement rapidement, non seulement aux Etats-Unis mais aussi au Canada et en Australie.

« Dans les pays où il existe un problème important, nous pensons que les agences de régulation, comme la FDA, doivent être plus attentives aux avertissements figurant sur les notices de ces produits », avertit le Dr Dhalla.

La FDA devrait aussi demander aux firmes pharmaceutiques de conduire des études afin que les praticiens disposent de l'information nécessaire pour pouvoir prescrire en toute sécurité.

Pour le Dr Dhalla, les médecins ont été, dans une certaine mesure, « trompés » par les experts et les compagnies pharmaceutiques sur l'efficacité des opioïdes dans les douleurs non cancéreuses, mais aussi sur le risque d'addiction.

« En réalité, les preuves d'efficacité sont très ténues. L'impression que nous avons -même de façon anecdotique_ est que la plupart des patients ne connaissent pas un soulagement significatif de leurs douleurs. Quand on combine cela au fait que le risque addictif est bien plus important que ce que les compagnies pharmaceutiques veulent bien dire aux médecins, on arrive à une balance bénéfice/risque en défaveur des opioïdes.

L'oxycodone est un dérivé morphinique commercialisé en France sous la forme comprimé avec les noms d'Oxycontin®, Oxymorm®, Oxynormoro®. Selon la notice du produit, OxyContin® LP est utilisé pour le traitement des douleurs intenses qui ne peuvent être correctement traitées que par des analgésiques forts, notamment les douleurs cancéreuses Oxynorm® et Oxynormoro® sont indiqués dans le traitement des douleurs sévères qui ne peuvent être correctement traitées que par des analgésiques opioïdes forts ; en particulier dans les douleurs d'origine cancéreuse.

Risque élevé d'addiction

« Pendant de nombreuses années, les firmes pharmaceutiques et les experts ont suggéré que le risque d'addiction était inférieur à 1%, affirme le Dr Dhalla. C'est le chiffre que l'on peut lire dans de nombreux articles dans les années 90 et même au début des années 2000. Mais, en réalité, nous savons que le risque d'addiction pour les patients traités pour des douleurs chroniques pendant plusieurs mois, voire plus, est bien plus élevé - une étude récente a montré que ce risque était de 35%. Donc, l'addiction est un problème bien plus important que ne le pensent les médecins », dit-il.

Le Dr Dhalla recommande donc que les employés des industries pharmaceutiques ne touchent pas de commissions sur les prescriptions d'opioïdes, et d'utiliser les dossiers médicaux électroniques pour empêcher les ordonnances multiples au niveau des praticiens comme des pharmacies.

Mais, la prescription en toute sécurité des opioïdes dépend avant tout de la sélection attentive et judicieuse des patients. Même si, à l'heure actuelle, cela est difficile en raison du peu d'information dont disposent les médecins sur les meilleures conditions de prescription.

« Nous ne disposons pas de nombreuses données pour nous aider à le faire. Prescrire de façon plus prudente sous-tend de prescrire dans un champ de preuves très limité. Cela suppose de choisir les patients très attentivement…c'est-à-dire être particulièrement prudents, voire ne pas prescrire du tout chez des patients avec des antécédents d'addiction, surveiller et conseiller plus étroitement les patients, utiliser des doses plus faibles, et chez certains patients s'abstenir totalement de prescrire ces analgésiques. » considère le Dr Dhalla.

Appel à l'information du public

« Nous avons besoin de campagnes d'information et d'éducation du public sur ce sujet, car il existe ce sentiment que parce qu'il s'agit de comprimés, ils ne sont pas plus dangereux que d'autres médicaments, ce qui en réalité n'est pas vrai » avertit le Dr Dhalla.

« Les prescriptions d'opioïdes peuvent être très puissantes. Chez les patients qui n'en ont jamais pris une simple prise peut provoquer une mort par overdose » a-t-il ajouté.

Le D Dhalla n'a pas déclaré avoir de conflit d'intérêt en rapport avec ce travail.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 29 août 2011 ; auteur Fran Lowry. Adapté par Stéphanie Lavaud.

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