POINT DE VUE

Le daclizumab en traitement de la SEP : questions au Dr Dib

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

7 septembre 2011

Point de vue du Dr Dib sur le daclizumab

Les résultats du premier essai d'homologation du daclizumab HYP montrent que l'anticorps monoclonal réduit de plus de moitié le taux de rechute annuel dans la sclérose en plaques. Avec les commentaires du Dr Michel Dib.
7 septembre 2011

Point de vue du Dr Michel Dib

D'après les résultats de l'étude SELECT, l'anticorps monoclonal daclizumab suit les traces de son ainé, le natalizumab (Tysabri®), et présenterait une bonne efficacité dans la SEP récurrente-rémittente. L'administration sous-cutanée mensuelle du composé expérimental DAC HYP (daclizumab high-yield process) sur une période d'un an a réduit de plus de moitié le taux de rechute annuel par rapport au groupe placebo.

Le DAC HYP est déjà indiqué sous le nom de Zenapax® dans la prophylaxie du rejet aigu d'organe chez les patients recevant une transplantation rénale allogénique de novo. Medscape France a demandé au Dr Michel Dib, neurologue libéral et hospitalier (hôpital la Pitié Salpétrière) son point de vue sur cette étude.

Medscape France : Quel est le rationnel de l'étude SELECT ?

Michel Dib : Le daclizumab appartient à la même famille que le natalizumab (Tysabri®, Biogen) qui a ouvert la voie et montré qu'il était particulièrement efficace dans la sclérose en plaques (SEP) mais dont l'utilisation se complique de cas de LEMP (leucoencéphalopathie multifocale progressive). D'autres anticorps monoclonaux sont en développement, comme l'altizumab (Actemra,® Roche-Chugai), l'alemtuzumab (sanofi-aventis), l'ocrelizumab (Roche), et le daclizumab (Biogen) dans l'espoir de trouver de meilleurs profils de sécurité. Celui qui pourra s'en sortir sans effet indésirable grave sera privilégié.

  • Que penser des résultats de cette étude ?

M. D. : Cette étude est dans la lignée de ce qui a été trouvé avec les autres anticorps monoclonaux dans les formes rémittentes-récurrentes de la SEP. Nous observons une efficacité bien supérieure aux immunomodulateurs, notamment aux interférons et à la Copaxone® (acétate de glatiramère). Nous retrouvons cette efficacité sur la fréquence des poussées avec une réduction de 54 %, et une efficacité aussi sur la progression du handicap neurologique avec une baisse de 57% pour 150 mg. Mais, comme pour les autres anticorps monoclonaux, la bonne efficacité est entâchée par des problèmes de tolérance. Dans cette étude sur 600 patients, les auteurs ont rapporté un décès et des infections graves.

Peut-on craindre des cas de LEMP comme avec le Tysabri ?

M. D. : Il ne semble pas y avoir de cas de LEMP, mais avec le Tysabri, les cas de LEMP sont apparus au cours de la phase 3. Ce sont les phases 3 qui nous permettront de vérifier la tolérance sur une plus grande échelle. L'essai DECIDE, qui va suivre, pourrait nous donner une meilleure idée de la tolérance de ce produit.

Et en pratique, comment gérer les problèmes de tolérance de ces molécules?

M. D. : Actuellement, nous limitons cette famille de molécules à une niche de patients qui ont une certaine évolutivité de la maladie (évolution rapide ou absence de réponse aux autres traitements). Parallèlement, un bilan de gestion de risque doit être adapté à chaque molécule. Aujourd'hui, avec le Tysabri, nous avons la possibilité de doser les anticorps anti virus JC. Si les patients sont séropositifs, ils sont plus à risque de déclarer une LEMP et nous prenons en compte ce risque dans notre stratégie thérapeutique. Pour tous ces anticorps monoclonaux nous devons nous méfier notamment des maladies autoimmunes, comme les thyroïdites pour l'altizumab (en particulier chez les femmes), les leucémies ou les maladies rhumatologiques. Pour le daclizumab, s'esquisse le problème des infections graves. Rappelons que les auteurs ont rapporté un décès suite à la complication d'un abcès du psoas.

Rappel de l'étude

SELECT est un essai randomisé de phase 2b, contrôlé contre placebo, réalisé en double aveugle sur une période d'un an. Son objectif était de déterminer la dose optimale de DAC HYP., injecté en sous-cutané une fois par mois, et d'évaluer la tolérance et l'efficacité de la molécule chez 600 patients.

Les résultats montrent que l'administration sous-cutanée mensuelle d'DAC HYP. sur une période d'un an, a réduit de façon significative le taux de rechute annuel de 54 % pour le groupe ayant reçu une dose de 150 mg (p < 0,0001) et de 50 % pour le groupe ayant reçu une dose de 300 mg (p = 0,0002) par rapport au groupe placebo. En outre, pour les groupes à 150 mg et 300 mg, le DAC HYC a offert une réduction statistique très significative du nombre cumulé de nouvelles lésions ou de leurs élargissements après un an.
Enfin, le DAC HYP a réduit le risque d'une progression soutenue de l'incapacité de 57 % pour le groupe à 150 mg et de 43 % pour le groupe à 300 mg par rapport au placebo.

L'incidence globale des effets indésirables et des interruptions de traitement était similaire pour les différents groupes. Les infections graves (2 % contre 0 %), les problèmes cutanés graves (1 % contre 0 %) et les anomalies hépatiques supérieures à cinq fois la limite supérieure normale (4 % contre moins de 1 %) ont été plus fréquents chez les patients recevant du DAC HYP que chez ceux du groupe placebo.

Un décès est survenu suite à la complication d'un abcès du psoas chez un patient ayant souffert d'un problème cutané grave, ainsi qu'un autre dans le cadre de l'étude d'extension SELECTION en simple aveugle en cours, suite à une possible hépatite chronique active auto-immune.

L'étude SELECT a été financée par Biogen Idec en collaboration avec les laboratoires Abbott.

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