De nouvelles preuves que l'activité physique préserve la fonction cognitive 

Susan Jeffrey

Auteurs et déclarations

4 août 2011

Conférence Alzheimer, prévention du déclin cognitif par l'activité physique

4 août 2011

Deux études menées dans des populations à haut risque de déclin cognitif concluent au rôle protecteur de l'activité physique et des activités basiques de la vie quotidienne chez les sujets âgés.

Paris, France- Deux nouvelles études montrent que l'exercice régulier diminue le risque de déclin cognitif et de démence. Les études ont été publiées dans les Archives of Internal Medicine et l'une d'elle a été présentée à la Conférence Internationale de l'Association Alzheimer (AAIC) 2011 le 19 juillet 2011.

Un minimum de 30 minutes de marche par jour retarderait le déclin cognitif 

Dans la première étude, les chercheurs ont utilisé les données de l'essai Women's Antioxidant Cardiovascular Study (WACS), une cohorte de femmes atteintes de maladies vasculaires ou présentant 3 facteurs de risque cardiovasculaires [1].

« Il est important de noter que les individus atteints de maladie cardiovasculaire ou présentant des facteurs de risques déclinent plus fortement », a indiqué l'auteur principal de l'étude, le Dr Marie-Noël Vercambre, (Fondation MGEN pour la Santé Publique, Paris, France) au cours de sa présentation des résultats.

« Cette population à haut risque croit rapidement avec le vieillissement de la population, mais les moyens de préserver la cognition dans ce groupe restent peu connus » a-t-elle précisé.

Dans WACS, un essai randomisé de supplémentation en vitamines en prévention secondaire, l'activité physique récréative a été évaluée à l'inclusion en 1995-1996 et tous les deux ans. Entre décembre 1998 et juillet 2000, 2809 femmes ont été évaluées par téléphone grâce à une batterie de 5 tests cognitifs incluant des évaluations de la cognition globale, de la mémoire verbale et de la fluence catégorielle.

La batterie de tests a été réalisée 3 nouvelles fois sur les 5,4 années qui ont suivi. Les chercheurs ont alors comparé les taux annuels de modification des scores cognitifs en fonction des niveaux d'activité physique totale et d'énergie dépensée au cours de la marche.

Ils ont observé une diminution significative des taux de déclin cognitif avec l'augmentation de la dépense énergétique (p<0,001). Comparées aux femmes du quintile le plus bas, où l'activité physique était la plus faible, des différences significatives en termes de déclin cognitif ont été observées pour celles des quatrième (p=0,04) et cinquième quintiles (p<0,001).

« Cela équivalait à la différence de déclin cognitive observé pour des femmes 5 à 7 ans plus jeunes », ont noté les auteurs.

Plus spécifiquement, la marche régulière était « fortement associée » à un ralentissement du taux de déclin cognitif (p=0,003). Toutefois, les associations significatives n'existaient que pour le quartile correspondant à une marche d'au minimum 30 minutes par jour. Mais le bénéfice ne se limitait pas à l'exercice intensif.

« En résumé, nous avons trouvé une forte association entre l'activité physique élevée et la réduction du déclin cognitif dans notre population de femmes présentant des maladies vasculaires ou des facteurs de risque. L'activité journalière d'au moins 30 minutes de marche d'un bon pas semble retarder le déclin cognitif de 5 à 7 ans », a conclu Marie-Noël Vercambre.

Le co-auteur Jae Hee Kang, docteur en science, et professeur assistant de médecine au Brigham and Women's Hospital à Boston, Etats-Unis, a précisé que parmi les femmes qui marchaient mais ne faisaient jamais d'activité intense, comme courir, la plupart avaient aussi une préservation cognitive significative.

« Des projections ont montré que si les mesures d'intervention pouvaient ralentir l'apparition de la maladie d'Alzheimer d'un an, il y aurait 9,2 millions de cas de moins en 2050. Et, d'après nos résultats, nous pensons que l'activité physique modérée pourrait permettre de préserver la fonction cognitive chez les populations vieillissantes en bonne santé comme chez celles à plus haut risque de dysfonctionnement cognitif et de démence », a commenté Jae Hee Kang pour Medscape Medical News.

Les activités quotidiennes « basiques » protègeraient aussi

Dans un rapport séparé, l'équipe du Dr. Laura E. Middleton (Heart and Stroke Foundation Center for Stroke Recovery, Sunnybrook Health Sciences Center, Toronto, Canada) a utilisé les données de l'étude Health, Aging, Body Composition (Health ABC) pour examiner la même question [2].

Dans cet article, les auteurs ont étudié la relation entre l'exercice et l'apparition du trouble cognitif en s'appuyant sur la dépense énergétique liée à l'activité quotidienne (DEA), une mesure objective. Les questionnaires sur l'activité physique se concentrent habituellement sur l'activité modérée ou intense associée à l'exercice mais passent à côté de tous les autres aspects de l'activité, comme de se mouvoir chez soi ou même la nervosité, ont noté les auteurs.

L'équipe de Laura E. Middleton a calculé que la DEA correspondait à 90% de la dépense énergétique totale, elle l'a évalué sur deux semaines par la technique de l'eau doublement marquée, moins le taux métabolique au repos, mesuré pas calorimétrie indirecte chez 197 hommes et femmes (âge moyen de près de 75 ans) qui ne présentaient pas de difficultés de mobilité ou de handicap cognitif à l'entrée dans l'étude en 1998-1999.

La fonction cognitive a été mesurée par l'échelle Mini-Mental State Examination (MMSE) à l'entrée dans l'étude et à 2 ou à 5 ans.

Le déficit cognitif a été défini par un déclin d'au moins une déviation standard (9 points) entre l'entrée dans l'étude et le suivi.

Les auteurs ont rapporté qu'après ajustement pour les scores MMSE initiaux, les caractéristiques démographiques, la masse maigre, la durée du sommeil, l'autoévaluation de la santé, et le diabète de type 2, les adultes du plus haut tertile de DEA présentaient des déficits cognitifs moindres que ceux du tertile le plus bas (RR, 0,09 ; IC 95%).

"Le tertile le plus élevé présentait une réduction de 90% du taux d'incidence de déficit cognitif comparé au tertile le plus bas de DEA. De même, le taux d'incidence de déficit cognitif était abaissé de 70% dans le tertile intermédiaire comparé au tertile le plus bas", a commenté Laura E. Middleton pour Medscape Medical News.

Les chercheurs ont aussi observé une relation dose-réponse significative entre la DEA et l'incidence du déficit cognitif (p=0,05).

Dans un entretien, Laura E. Middleton, a souligné qu'un certain nombre d'études ont maintenant confirmé cette association, mais que la grande majorité d'entre elles ont utilisé l'autoévaluation de l'activité physique, une approche qui comporte des biais inhérents. Ceux qui sont atteints d'une démence préclinique peuvent avoir des difficultés à se rappeler qu'ils ont fait de l'exercice, par exemple, et même ceux qui n'ont pas ce type de problèmes ont tendance à surestimer la quantité d'exercice pratiquée.

Un autre souci de l'auto-appréciation est qu'elle ne prend pas en compte l'activité qui ne correspond pas à de l'exercice, comme le travail ménager. « Or, chez les adultes les plus âgés, ce type d'activité correspond à une grande part de l'activité physique totale, surtout chez quelqu'un qui ne fait pas d'exercice volontairement », a souligné la chercheuse.

Elle précise que quand la comparaison a été faite en utilisant l'auto-appréciation, il existait toujours une association mais qu'elle était beaucoup plus nette avec la mesure objective de la dépense énergétique totale.

Ces données suggèrent que l'activité moins intense qui est prise en compte par la mesure de la DEA joue un rôle réel dans la prévention du déficit cognitif. « Cela indique qu'il n'est pas seulement important de courir mais qu'il est aussi important de juste se mouvoir pendant la journée », a ajouté Laura E. Middleton.

"Notre étude fournit de nouvelles preuves que l'évaluation objective de l'activité physique journalière totale, mesurée par la dépense énergétique, est associée à une moindre incidence du déficit cognitif chez les adultes les plus âgés », ont conclu les auteurs.

D'après les chercheurs, la contribution relative de l'activité globale par rapport à une activité vigoureuse ou faible devrait faire l'objet de prochaines recherches. « Nous sommes optimistes sur le fait que même une activité faible de la vie de tous les jours pourrait avoir un effet protecteur sur le déficit cognitif».

Encourager les patients à bouger

Dans un éditorial accompagnant les études des Archives of Internal Medicine, le Dr Eric B. Larson (Group Health Research Institute, Group Health Cooperative, Seattle, Etats-Unis) a noté que les résultats de ces travaux pouvaient influencer la pratique et les conseils que nous donnons aux patients vieillissants.

"Nous pouvons leur dire que le maintien de l'activité physique est définitivement avantageux et probablement d'un bénéfice croissant au fur et à mesure qu'ils avancent en âge".

Selon le Dr Larson, la recherche clinique devrait s'orienter vers le développement de moyens efficaces pour changer les comportements afin d'encourager l'activité physique régulière, idéalement pendant toute la vie mais surtout à partir de la cinquantaine.

L'étude de l'équipe du Dr. Marie-Noël Vercambre a été financée par le National Institute of Health. Le postdoctorat de Marie-Noël Vercambre a été financé par la Fondation Bettencourt-Schueller. Le Dr. Kang, co-auteur de l'étude a reçu un prix de l'American Heart Association. Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêts. L'étude de l'équipe de Laura E. Middleton a été financée par le National Institute on Aging et par d'autres agences par le biais des bourses des co-auteurs. Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêts. Le Dr. Deborah Barnes n'a pas déclaré de liens d'intérêts. Les travaux du Dr Eric B. Larson sont financés par la National Institute on Aging.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 19 juillet 2011 ; auteur Susan Jeffrey. Adapté par Aude Lecrubier.

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