Un indice de « résilience cognitive » pourrait prédire la réussite du vieillissement cognitif

Stéphanie Lavaud et Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

21 juillet 2011

Un indice de résilience pour prédire la réussite du vieillissement cognitif

Certaines personnes résistent au déclin cognitif lié au vieillissement. Une étude a identifié des facteurs favorisant ce rebond ou « résilience » cognitive afin de proposer un outil de dépistage des sujets à risque d'Alzheimer. AAIC, 2011.
21 juillet 2011

Paris, France- En matière de maladie d'Alzheimer, on parle toujours de score de risque de présenter la maladie mais jamais de score de non-risque de dégradation intellectuelle. La prévention de la maladie étant au cœur des débats, des épidémiologistes américains ont recherché les facteurs favorisants d'un vieillissement réussi au plan cérébral. Ceci afin de proposer un questionnaire simple aux médecins dans l'idée d'identifier des personnes plus sujettes au déclin cognitif que d'autres et de leur proposer des mesures préventives. Les résultats ont été présentés l' Alzheimer's Association International Conference 2011 (AAIC 2011) qui se tient à Paris.

« Promouvoir des comportements favorisant un vieillissement cognitif sain serait un autre moyen de lutter contre la maladie d'Alzheimer »  a expliqué Susanne Steinberg de la Perelman School of Medicine, University of Pennsylvania, Philadelphie.

Le travail a consisté à rechercher des indicateurs d'une cognition résiliente chez 136 adultes âgés de 65 ans et plus vivant de manière indépendante sans troubles de la mémoire. Dans un deuxième temps, les chercheurs ont testé le lien entre leurs indicateurs de la fonction cognitive et les facteurs de risque connus de la maladie d'Alzheimer.

La « résilience cognitive » était définie comme une performance cognitive stable, présentant une baisse maximale de 2 % en 3 ans.

A la visite d'inclusion, les participants ont fait des évaluations relatives au stress, à l'anxiété, à leur personnalité et à leur cognition (évaluation informatisée). Ils ont également consignés les données sociodémographiques et médicales des participants et réalisé un examen physique clinique axé sur la santé cardiovasculaire et les paramètres métaboliques.

Pas de lien avec le niveau d'éducation

Les personnes de l'échantillon avaient un bon niveau d'instruction (nombre moyen d'années d'instruction = 16) et étaient plutôt aisés. La répartition raciale reflétait la population de la vallée du Delaware (noirs : 13 % ; blancs : 85 %). Les femmes étaient majoritaires (61 %). La plupart étaient mariés (60 %). L'indice de masse corporelle moyen penchait du côté du surpoids (IMC = 27,5) et 37 % étaient fumeurs (plus d'un paquet par jour pendant plus de 20 ans).

Les chercheurs ont trouvé que les facteurs les plus importants pour conserver leurs performances cognitives étaient de faibles scores aux mesures de stress, d'anxiété, de dépression et de traumatisme et ceci, indépendamment des traumatismes de vie ou des violences vécus. D'où l'hypothèse des chercheurs que cette capacité de maintien des fonctions cognitives est aussi liée à la résistance face à des événements affligeants. Une façon « positive » de se comporter dans laquelle interviennent le caractère, les compétences, le jugement sûr, l'ordre, le respect, la poursuite du succès et l'autodiscipline.

Néanmoins, le fait d'avoir vécu des violences physiques dans l'enfance ou de présenter des tendances suicidaires était fortement corrélé à un moins bon maintien des performances cognitives.

Passivité et défaitisme: cause ou conséquence

« Ces résultats représentent les premières étapes du développement d'un Indice de résilience cognitive qui mesurerait leur comportement face à l'adversité et qui pourrait permettre des interventions précoces visant à encourager le maintien de la stabilité cognitive », a ajouté Susanne Steinberg.

Les chercheurs travaillent d'ailleurs à mettre au point un score composite, rapide réalisable lors d'une consultation médicale en cabinet et qui inclurait : la pression artérielle, l'indice de masse corporelle, le rapport taille/hanches et la dépression, ainsi que des antécédents de tabagisme, d'alcoolisme, de diabète, de dyslipidémie, de maladies cardiaques, d'accident ischémique transitoire et de troubles de la thyroïde.

Interrogé par Medscape France, le Pr Philippe Amouyel, épidémiologiste et directeur général de la Fondation Plan Alzheimer fait remarquer qu' « il est difficile de savoir, comme de la poule ou de l'œuf, qui est apparu en premier. On sait que le fait de regarder toute la journée la télévision ou de ne plus faire son jardin sont des comportements associés à un plus grand risque de déclin cognitif. Mais est-ce un facteur causal ou une conséquence d'une maladie d'Alzheimer non encore diagnostiquée ? Sachant que lorsque les premiers signes cliniques apparaissent, la maladie évolue déjà depuis 15 ou 20 ans à bas bruit. »

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