Les téléphones portables des patients hospitalisés porteurs de germes multirésistants

Dr Laurie Barclay

Auteurs et déclarations

30 juin 2011

Une étude turque révèle que les téléphones portables des patients hospitalisés et de leurs proches seraient des foyers des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques. 29 juin 2011

Malataya, Turquie—Selon une étude transversale publiée dans l'American Journal of Infection Control [1] , les téléphones mobiles des patients hospitalisés et de leurs visiteurs présenteraient un risque inquiétant de colonisation par des agents pathogènes nosocomiaux. Ce risque serait supérieur à celui des téléphones portables du personnel soignant.

« En dépit des avantages de ces appareils, il a été rapporté que les téléphones portables du personnel médical pourraient être sources de bactéries pathogènes en milieu hospitalier, » note l'équipe du Dr Mehmet Sait Tekerekoglu du département de Microbiologie Médicale de la Faculté de Médecine de l'Université Inonu à Malatya en Turquie.

En revanche, il existe peu de données sur la menace infectieuse représentée par les téléphones portables des personnes autres que le personnel soignant. L'objectif de l'étude était donc de déterminer si les portables des patients et de leurs proches étaient contaminés par des bactéries pathogènes susceptibles de provoquer des infections à l'hôpital.

Les échantillons prélevés ont été collectés sur le clavier, les microphones et les écouteurs de 200 téléphones portables dont 67 appartenaient au personnel soignant et 133 aux patients et à leurs proches.

Des bactéries pathogènes ont été cultivées à partir de 39,6% des portables des patients et de leurs visiteurs comparé à 20 % des portables du personnel soignant (p=0,02). Des pathogènes multirésistants, et notamment le staphylocoque doré résistant à la méticilline, des souches d'Escherichia coli produisant des bêta-lactamases à large spectre, des espèces de Klebsiella, des espèces d'entérocoques résistants aux aminoglycosides (haut niveau), et de l'Acinetobacter baumanii résistante aux carbapénèmes, ont été cultivés à partir des prélèvements effectuée sur 7 mobiles de patients et de visiteurs et sur un mobile du personnel soignant.

« Nos résultats suggèrent que les portables des patients et de leurs visiteurs présentent un risque de colonisation par des germes nocosomiaux supérieur à ceux du personnel soignant. Des mesures de contrôle spécifiques du risque infectieux associé à ces appareils devraient être mises en place », précisent les auteurs.

Les limites de l'étude sont son protocole transversal et le nombre relativement peu élevé de soignants inclus dans l'étude.

« Toutefois, si l'on met de côté le faible nombre d'inclusions de soignants, les types de bactéries retrouvées sur les portables des patients et leurs profils de résistance sont très inquiétants », soulignent les auteurs.

Les chercheurs expliquent la colonisation des portables par ces agents multirésistants par le faible statut socio-économique des patients et le manque de respect des règles d'hygiène à l'hôpital.

« En plus du personnel médical, les professionnels du contrôle des infections doivent considérer les téléphones portables des patients comme une source potentielle d'infections, concluent les auteurs ».

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens financiers en rapport avec l'étude.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 07 juin 2011 ; auteur Laurie Barclay. Adapté par Aude Lecrubier.

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