Retarder l'introduction d'aliments allergènes chez le nourrisson n'a pas d'intérêt

Laurie Barclay

Auteurs et déclarations

24 juin 2011

Une étude hollandaise confirme les conclusions de plusieurs travaux récents selon lesquelles retarder l'introduction des aliments allergènes, comme le lait de vache, les oeufs ou le gluten, chez les nourrissons ne réduirait pas les risques d'allergies. 24 juin 2011

Rotterdam, Pays-Bas- L'étude prospective, Generation study, publiée dans les Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine[1] montre que repousser l'introduction des aliments allergènes chez le nourrisson ne permet pas de prévenir le développement d'un eczéma ou d'une respiration sifflante à 4 ans.

« Les recommandations existantes préconisent de retarder l'introduction de tels aliments pour prévenir les allergies mais des études récentes ont suggéré que ce n'était pas vrai et que la diversification tardive pouvait augmenter le risque allergique, » commente, pour Medscape Medical News, le Pr Jonathan M. Spergel, chef du département « allergies » et directeur du Centre Pédiatrique des Maladies Eosinophiles à l'Hôpital des Enfants de Philadelphie, Ecole de Médecine de Perelman, Université de Pennsylvanie, Philadelphie.

Des données contradictoires

D'après les conclusions d'une revue de la littérature publiée en mai 2011 dans l'American Journal of Clinical Nutrition [2], pour diminuer les risques d'allergies, les nourrissons devraient être allaités pendant 6 mois et la diversification alimentaire devrait intervenir entre 17 et 26 semaines.

Mais, plusieurs travaux récents ne partagent pas ces conclusions dont l'étude LISA (Influences of Lifestyle Related Factors on the. Immune System and Development of Allergies in Childhood) [3]. Celle-ci a montré que l'introduction tardive de nourriture solide (au-delà de 6 mois) ne prévenait pas l'eczéma à 2 ans, et que la diversification après 4 ou 6 mois n'empêchait pas la survenue d'un asthme à 6 ans.

Nouvelle donne

L'étude de l'équipe d'Ilse I. M. Tromp (Generation Study Group, Université Erasmus, Rotterdam, Pays-Bas) semble confirmer ces données.

Entre avril 2002 et janvier 2006, les parents de 6905 enfants inclus dans Generation study ont répondu à des questionnaires sur l'introduction de la nourriture solide à 6 mois et à 12 mois et sur l'apparition d'un eczéma et/ou d'une respiration sifflante avant 4 ans.

Les auteurs ont rapporté une respiration sifflante chez 31% des enfants de 2 ans et chez 14% des enfants de 3 à 4 ans. Parallèlement, 38%, 20% et 18% des enfants avaient souffert d'eczéma aux âges de 2, 3 et 4 ans, réciproquement.

Parallèlement, ils ont constaté que l'introduction du lait de vache, des œufs de poules, de l'arachide, des noix, du soja ou du gluten avant 6 mois n'était pas significativement associée à l'eczéma ou à une respiration sifflante quel que soit l'âge, même après ajustement (p>0,1). Les variables comme les antécédents familiaux d'atopie, ou les antécédents d'allergie au lait de vache chez l'enfant ne modifiaient pas les résultats.

Selon le Dr Jonathan Spergel, « des études supplémentaires sont nécessaires pour explorer d'autres facteurs de risque comme les prédispositions génétiques, l'impact de l'environnement et les expositions aux microbes ».

Cette phase de l'étude Generation study a été financée par le Centre Médical Erasmus, l'Université Erasmus de Rotterdam, l'Organisation néerlandaise pour la recherche et le développement en matière de santé (ZonMw) et Europe Container Terminals B.V. Les auteurs de l'étude et le Dr Spergel n'ont pas rapporté de liens financiers en rapport avec l'étude.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 10 juin 2011 ; auteur Laurie Barclay. Adapté par Aude Lecrubier.

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