POINT DE VUE

Traitement de la goutte par anti-IL-1 : 3 questions au Pr Bardin

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

14 juin 2011

Traitement prometteur de la goutte aiguë par des anticytokines, avis Dr Bardin

Le canakimumab pourrait constituer une nouvelle, mais onéreuse option thérapeutique pour les patients aux prises avec des crises aiguës de goutte difficiles à traiter. Nous avons recueilli à l'Eular 2011, le commentaire du Pr Thomas Bardin (hôpital Lariboisière, Paris), investigateur du nouvel essai sur cet anti-IL-1.
14 juin 2011

Point de vue du Pr Thomas Bardin

De plus en plus de données attestent du rôle de nombreuses cytokines dans la goutte aiguë, notamment l'interleukine (IL)-1. L'idée de traiter les crises en ciblant certaines cytokines a donc fait son chemin. Un essai multicentrique a récemment testé un anti-IL1, le canakimumab à raison d'une seule dose de 10 mg, 25 mg, 50 mg, 90 mg ou 150 mg versus 40 mg de triamcinolone. [1]

Cette étude semble indiquer que le blocage de l'IL-1bêta peut calmer les crises de goutte aiguës, et que ce traitement peut gagner en importance pour les patients avec une contre-indication au traitement standard. Cependant, comme l'évoquait l'éditorial de cette étude [2], plusieurs points restent à élucider. Nous avons soumis ces questions au Pr Thomas Bardin (hôpital Lariboisière, Paris), investigateur de l'essai avec le canakimumab et interrogé par Medscape France durant l'EULAR 2011 :

  • Une dose de triamcinolone de 40 mg convenait-elle comme agent de comparaison ?

Thomas Bardin : La posologie du comparateur a été beaucoup critiquée car les rares essais sur les rares patients qui ont testé l'efficacité de la triamcinolone l'ont fait à 60 mg /j, ce à quoi les promoteurs répondent deux choses : la première est que dans la majorité des pays dans lesquels l'essai a été fait, c'est la dose de 40 mg qui est utilisée. La seconde est que quand on compare les résultats du bras triamcinolone avec ceux, nettement mieux documentés, obtenus dans des essais comportant un bras cortancyl, les résultats sont à peu près les mêmes. Ce qui conduit à penser que, même si ce comparateur n'était pas idéal, il s'agissait tout de même d'un comparateur actif.

  • Quel est le rapport coût-efficacité de l'antagonisme ciblant l'IL-1 dans le traitement de la goutte ?

T.B. : Au plan économique, après obtention de l'AMM, cela dépend du prix du produit. Si les indications très ciblées sont respectées, ce traitement qui s'adresse à une population très souvent en arrêt de travail et souvent hospitalisée, pourrait même présenter un bénéfice économique. …à condition que le produit ne soit pas hors de prix.

  • À quel stade d'une crise de goutte aiguë ou d'une maladie chronique faut-il recourir au traitement anti-IL-1 ?

T.B. : Les anti-IL-1 ne seront certainement pas un traitement pour tout le monde et il ne faut pas croire qu'ils permettront aux goutteux d'éviter de soigner leur hyperuricémie. Ils s'adressent à une très petite minorité de goutteux chez qui la seule alternative sont les corticoïdes. Ce traitement permettra l'instauration d'un traitement hypo-uricémiant en d'évitant les accès induits par l'élimination des dépôts, jusqu'à la mise en rémission ou la guérison de la goutte.

Rappel de l'étude

Un total de 200 patients souffrant d'une crise de goutte aiguë (< 5 jours) ont été inclus (191 ont terminé l'essai). Ces patients devaient présenter une goutte qui, d'après leur médecin traitant, était réfractaire aux AINS ou à la colchicine (ou ces agents devaient leur être contre-indiqués) ; 93 % des participants de cette étude étaient des hommes, plus de la moitié d'entre eux souffraient d'une insuffisance rénale (taux de filtration glomérulaire, < 89 mL/min). De plus, les participants ne devaient pas avoir reçu d'AINS ou plus de 0,6 mg de colchicine 24 heures avant la période de sélection.

Ils ont reçu le canakinumab à raison d'une seule dose de 10 mg, 25 mg, 50 mg, 90 mg ou 150 mg versus 40 mg de triamcinolone.

Les réponses analgésiques ont été mesurées à plusieurs moments, dans les sept jours suivant la prise des médicaments ; 28 ou 29 patients ont été assignés à chaque groupe de doses du canakinumab et 57 patients ont été assignés au groupe sous triamcinolone.

Les investigateurs ont constaté que toutes les doses de canakinumab ont donné lieu à des scores de douleur inférieurs à ceux sous triamcinolone, aux différents moments d'évaluation post-prise.

Des analyses plus approfondies ont démontré qu'une dose de canakinumab de 23 mg avait une efficacité équivalente à 40 mg de triamcinolone 48 heures après le traitement.

Un traitement de sauvetage (prednisone ou paracétamol) était plus fréquent chez les patients ayant reçu des doses de canakinumab < 150 mg/j ou de la triamcinolone.

L'amélioration des taux de protéine C-réactive était plus marquée chez les patients traités par le canakinumab. Les taux d'effets indésirables n'étaient pas significativement différents entre les groupes. Les auteurs ont conclu que la dose de canakinumab de 150 mg permettait davantage d'atténuer la douleur et réclamait moins de traitements de secours que la triamcinolone.

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