Le lavage des mains « oublié » une fois sur deux par les soignants

Nancy A. Melville

Auteurs et déclarations

6 juin 2011

Mauvais suivi recommandations OMS d'hygiène des mains des soignants

Selon une étude de l'OMS, près de la moitié des professionnels de santé dans le monde ne se plie pas aux recommandations en matière d'hygiène des mains, et ceci dès la première étape, avant même de toucher le patient.
6 juin 2011

Milan, Italie - Selon une étude présentée au 21e Congrès européen de Microbiologie clinique et Maladies infectieuses à Milan, le lavage des mains avant d'examiner un patient, première étape des recommandations d'hygiène pour les soignants, de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n'est pas respectée une fois sur deux.

« L'initiative d'hygiène des mains » est l'une des 5 mesures de la campagne Save Lives : Clean Your Hands (SLCYH) pour sauver des vies, une campagne globale lancée par l'OMS dans le cadre de son programme « des soins propres sont des soins plus sûr » destiné à promouvoir une amélioration sensible de l'hygiène des mains en listant les équipes médicales et en leur donnant des conseils de bonne pratique.

« Nous savons tous que la compliance à l'hygiène des mains est très basse, de 38,7 % seulement », note le principal investigateur, le Dr Benedetta Allegranzi (World Alliance pour la sécurité des patients, OMS, Genève), qui ajoute : « Ces 5 moments sont devenus le gold standard pour pratiquer et mesurer l'hygiène des mains partout dans le monde, le moment 1 étant le plus difficile à faire appliquer… Or ce moment, avant de toucher le patient, est particulièrement important, puisqu'il permet de les protéger des germes puissants portés par les mains des professionnels de santé après qu'ils aient touché d'autres patients. »

Les Européens et les libéraux plus compliants

Pour cette première étude globale sur la compliance à l'hygiène des mains avant un contact avec un patient, l'OMS a collecté les données de 327 centres de soin participant à la campagne SLCYH, représentant 47 pays et 1527 services hospitaliers. 
L'analyse a montré que la compliance au moment 1 de l'hygiène des mains était de 51,4 % sur 76 803 occasions de se livrer à ce geste d'hygiène (moyenne pondérée ajustée sur le nombre d'occasions par équipe).

Parmi les compliants, l'hygiène des mains consistait à se frictionner les mains (avec un soluté alcoolique) dans 60,7 % des cas, à se laver les mains dans 37,6 % des cas, à faire les deux pour 1,7 %.

L'étude recommandait que les équipes soignantes colligent approximativement 50 occasions d'hygiène des mains dans des services ou des départements sélectionnés.

La compliance au moment 1 était plus haute dans les pays européens (64 % des 22 278 occasions) et plus basse sur le continent américains (26 % des 23 183 occasions). Les infirmières étaient beaucoup plus compliantes (64 %) que les médecins (48 %).

De façon surprenante, les plus hauts niveaux de compliance étaient vus en ambulatoire (72 %), pour les soins médicaux (60 %) et en unités de soins intensifs (59 %) ; les plus bas dans les départements d'obstétrique (37 %).

Les limites de cette étude sont la courte période de surveillance et le fait qu'elle se soit déroulée pendant une campagne de prise de conscience de l'hygiène des mains. Comme le souligne le Dr Allegranzi, « les niveaux de compliance observés sont probablement plus élevés que ceux attendus… »

Privilégier l'hygiène des mains avant le soin

Selon le Dr Shira I. Doron (Tufts University School of Medicine, Boston, Massachusetts), les taux de compliance « avant le soin » sont habituellement moins bons « qu'après le soin ». Même si les experts croient que c'est parce que les soignants placent leur protection devant celle de leurs patients, beaucoup pourraient aussi croire, pour être juste, que procéder ainsi assainirait leurs mains pour le prochain patient.

« En fait, nous savons que cela n'est pas vrai, explique le Dr Doron. S'ils ont touché quoi que ce soit entre ces deux patients (clavier d'ordinateur, téléphone, téléphone portable, etc.), leurs mains sont probablement contaminées, et possiblement avec des germes résistants. » Et elle ajoute : « Des bactéries résistantes aux antibiotiques ont effectivement été isolées sur de tels objets à Tufts, soulignant l'importance d'une hygiène des mains avant les soins. Si un professionnel de santé lavait ses mains chaque fois avant de toucher un patient, et ne le faisait jamais après l'avoir touché, il n'y aurait pas de transmission de micro-organismes entre les patients via les mains des professionnels. Aussi, pour la protection des patients, seule l'hygiène des mains avant le soin compte réellement… ».

Si les preuves d'une faible compliance concordent avec des recherches antérieures, il en est de même pour les résultats d'une moindre compliance des médecins par rapport aux infirmières. « La différence entre les deux groupes : des infirmières, typiquement composé d'une plus large proportion de femmes, et celui des médecins, plus volontiers masculin, pourrait être corrélée au genre », suggère encore le Dr Doron. Les femmes s'acquittent davantage de l'hygiène des mains que les hommes, et cela se traduit, dans l'ensemble, par une meilleure compliance des infirmières versus les médecins.

Pérenniser la compliance

« Une autre théorie (que celle des différences liées au genre), avance-t-elle, est que les infirmières sont plus préoccupées des intérêts des patients, les mettant au-dessus de beaucoup de choses, davantage que les médecins en tout cas, ce qui explique leur meilleure hygiène des mains afin de protéger leurs patients ».

« Les campagnes (d'hygiène des mains) aident à aborder le problème, mais peuvent aussi souffrir de leur propre succès lorsque l'urgence a disparu. Et le Dr Doron de s'expliquer : communément, une fois que le succès, ici pour l'hygiène des mains, est obtenu, les ressources à l'intérieur de l'hôpital sont redirigées vers d'autres programmes. Avec pour conséquence que les observations d'hygiène des mains peuvent être moins fréquentes et moins abondantes, les taux de compliance communiqués au personnel moins régulièrement qu'ils ne pourraient l'être, et les programmes d'incitation discontinus », prévient-elle.

« Le plus gros challenge pour les institutions, conclut-elle, est donc, non pas de savoir comment améliorer la compliance à l'hygiène des mains, mais comment maintenir ces bons résultats face à beaucoup d'autres importants objectifs de sécurité ciblés par les hôpitaux ».

L'étude a été financée par l'Organisation Mondiale de la Santé ; les Drs Allegranzi et Doron n'ont signalé aucun conflit d'intérêts

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com le 20 mai 2011; adapté par le Dr Brigitte Blond.

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