Hypertension résistante : une nouvelle indication pour la stimulation cérébrale profonde ?

Susan Jeffrey

Auteurs et déclarations

24 mai 2011

La stimulation cérébrale profonde peut agir sur l'hypertension réfractaire

Les possibilités thérapeutiques potentielles de la stimulation cérébrale profonde n'en finissent pas de s'élargir : après la dépression résistante et les TOCs, l'hypertension réfractaire aux traitements pourrait constituer une nouvelle piste.
24 mai 2011

Bristol, Royaume-Uni — Une observation faite chez un patient traité pour une douleur chronique réfractaire suggère une nouvelle indication potentielle pour la stimulation cérébrale profonde (SCP) : l'hypertension artérielle résistante, indique Neurology. [1]

Dans cette revue, les chercheurs rapportent le cas d'un homme traité pour un syndrome douloureux chronique post-AVC par stimulation cérébrale profonde de la substance grise périaqueducale ventriculaire et périventriculaire.

Bien que la stimulation cérébrale profonde n'ait pas permis un soulagement durable, elle a entraîné une diminution de la pression artérielle de ce patient, toujours considéré comme hypertendu en dépit d'un traitement par 4 antihypertenseurs.

L'arrêt du stimulateur a résulté en une augmentation de la pression artérielle (PA), alors que la remise en marche a entraîné à nouveau une réduction de la PA.

« Chez ce patient avec une hypertension résistante, la stimulation supraventriculaire des noyaux gris a entraîné une diminution importante et durable de la pression artérielle permettant de supprimer tous les traitements antihypertenseurs » concluent les auteurs.

Un effet indépendant de celui sur la douleur

« Le patient était un homme de 55 ans qui avait développé un syndrome douloureux central du côté gauche réfractaire au traitement pendant 3 ans », a expliqué le premier auteur Nikunj K. Patel (Frenchay Hospital, Bristol, R.-U.) à Medscape Medical News. « Les syndromes douloureux centraux sont les plus difficiles à traiter, c'est ce qui m'a conduit à implanter une électrode de stimulation profonde pour trouver une façon de soulager ce patient ».

Un précédent travail de recherche à l'Université d'Oxford avait suggéré qu'une stimulation similaire ventrolatérale de la région des noyaux gris de la région périaqueducale périventriculaire chez les rats réduisait précisément la PA, alors qu'une stimulation dorsale de cette même région avait l'effet contraire [2]. « Sachant que la cible optimale pour agir sur la douleur se situe aussi en position ventrale de la région périaqueducale de la substance grise, cela m'intéressait de savoir si on obtiendrait un effet sur la PA dès le début. Ce résultat n'est donc pas complètement dû au hasard même si personne n'avait encore observé une réduction persistante de la PA chez l'homme » explique le Dr Patel.

« La réponse à la douleur a fonctionné pendant 4 mois puis la douleur est revenue, ce qui n'est pas inhabituel dans le cas des syndromes douloureux centraux traités par chirurgie. Mais, le plus surprenant, c'est que la pression artérielle a été et est restée contrôlée au point qu'il a été possible d'arrêter tout traitement antihypertenseur » ajoute le Dr Patel.

La PA a baissé à 80/53 mm Hg immédiatement après la chirurgie ce qui a fait arrêter rapidement les traitements. À 8 semaines, elle était en moyenne de 110/65 mm Hg et à 12 semaines de 124 /76 mm Hg, ce qui a motivé la reprise d'une bithérapie par périndopril et indapamide en raison des antécédents d'AVC du patient. Mais le traitement antihypertenseur a une nouvelle fois été arrêté à la 27e semaine.

Les chercheurs ont alors mesuré la PA après arrêt de 24 heures de la stimulation : celle-ci atteignait 18/5 mm Hg. La reprise de la stimulation entraînait une baisse de 33/13 mm Hg, reproductible en renouvelant l'expérience.

« Malheureusement, nous n'avons pas été capable de réenclencher un contrôle de la douleur. Mais d'une certaine façon, nous avons montré que la baisse de la PA était indépendante du contrôle de la douleur » souligne le Dr Patel. « On pourrait argumenter que c'est le soulagement du stress du patient qui a permis de mieux contrôler sa PA, même si cela ne s'est jamais vérifié à aucune occasion. La douleur du patient est restée très forte, voire même peut-être plus aigüe qu'auparavant. »

Comprendre la voie de l'hypertension essentielle

Selon le Dr Patel, le mécanisme évoqué n'est pas clair, dit-il, mais les recherches vont se poursuivre chez l'animal.

« Je suis sûr que cela nous ouvre la voie pour identifier le mécanisme de l'hypertension neurogène — ou hypertension essentielle — dont nous ne connaissons pas les causes » dit-il. « Comme vous le savez, il s'agit d'une des plus importantes, si ce n'est la plus importante cause de morbidité des sociétés modernes à l'origine des pathologies vasculaires et de complications comme les accidents vasculaires cérébraux, l'insuffisance cardiaque et les pathologies rénales. »

Bien que des méthodes non invasives soient préférables dans le traitement de l'hypertension réfractaire, les dangers que font courir une hypertension non contrôlée suggèrent que la stimulation cérébrale profonde pourrait représenter un traitement majeur dans certains cas, suggère le Dr Patel.

Parmi les autres traitements invasifs actuellement à l'étude dans l'hypertension réfractaire figurent la dénervation rénale, la stimulation du sinus carotidien et la stimulation du nerf vague. « Les deux premiers montrent des résultats intéressants, la dénervation rénale, en particulier, s'est révélé très efficace pour réduire l'hypertension dans la majorité des cas. »

Bien que la stimulation cérébrale profonde entraîne des risques de complications, celles-ci sont relativement rares, de l'ordre de 1 à 2 %. « Nous ne voulons pas les minimiser, mais chez un patient ayant subi des AVC répétés ou à risque d'AVC répétés, cela pourrait être justifié. »

Le Dr Patel a déclaré avoir participé à des conférences pour Boston Scientific et Medtronic.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 9 février 2011 ; Adapté par Stéphanie Lavaud.

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