Dans l'IC, le Tai Chi améliore plus la qualité de vie que l'éducation thérapeutique

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

6 mai 2011

Le tai-chi améliore la qualité de vie dans l'IC

Selon une étude multicentrique randomisée menée aux États-Unis, le tai-chi serait supérieur à l'éducation thérapeutique sur les critères de qualité de vie pour la réhabilitation des insuffisants cardiaques.
6 mai 2011

Boston, États-Unis — Le tai-chi améliore la qualité de vie, l'humeur ainsi que le sentiment d'efficacité personnelle des insuffisants cardiaques, selon une étude parue dans les Archives of Internal Medicine[1].

Le tai-chi (tai-chi-chuan ou tai-ji-quan) allie gymnastique douce et méditation. Plus particulièrement prisé par les personnes âgées, il suscite l'intérêt pour ses effets positifs dans différentes pathologies.

Gloria Yeh (Beth Israel Deaconess Medical Center, Boston) et ses collègues ont évalué l'intérêt de la pratique du tai-chi chez des insuffisants cardiaques non porteurs d'un défibrillateur.

Ils ont réalisé pour cela une étude multicentrique randomisée. Pendant trois mois, 50 patients atteints d'une insuffisance cardiaque systolique ont suivi un programme d'exercice de tai-chi (1 h deux fois par semaine), et 50 autres un programme d'éducation thérapeutique de même durée.

Des résultats nets sur la qualité de vie, mais pas sur les marqueurs

Sur les améliorations objectives des capacités fonctionnelles, les résultats à trois mois ne sont pas très probants : le résultat au test de marche de six minutes, au test Up and Go (qui évalue notamment les transferts assis-debout), ou encore la consommation maximale d'oxygène, n'ont pas évolué de manière significativement différente dans les deux groupes.

De même, l'évolution des différents biomarqueurs mesurés n'a pas révélé de bénéfice significatif. Le taux de noradrénaline a plutôt eu tendance à diminuer dans le groupe de tai-chi.

En revanche, sur les items plus subjectifs, à savoir les réponses au Minnesota Living with Heart Failure Questionnaire (MLHFQ), au Cardiac Exercise Self-Efficacy Instrument et au Profile of Mood States (POMS), le tai-chi a été associé de manière significative à une amélioration de la qualité de vie plus importante, à un plus fort sentiment d'efficacité personnelle et à une meilleure humeur.

Effets du tai-chi à 12 semaines (évolutions médianes)


Tai-chi
Éducation
p (seuil de significativité à 0,017)
Minnesota Living with Heart Failure Questionnaire
(Score 0-105, le score le plus faible reflétant la meilleure qualité de vie)
-19
+1
0,02
Profile of Mood States, mesure globale des états d'humeur
-6
-1
< 0,001
Profile of Mood States, sous-échelle dépression
-2
+1
0,004
Profile of Mood States, sous-échelle vigueur
+0,5
-10
< 0,001
Sentiment d'efficacité personnelle
+0,1
-0,3
< 0,001
Profile of Mood States, autres sous-échelles
NS
VO2max, test de marche de 6 minutes, test Timed Up and Go, durée de l'exercice
NS
Biomarqueurs : noradrénaline, prot. C-réactive, TNF-alpha, peptide B-natriurétique, endothéline-1
NS

On note également que les dépenses énergétiques (calories brûlées en une semaine lors d'activité d'intensité modérée, hors des séances de tai-chi en groupe) étaient plus élevées dans le groupe de tai-chi.

Les auteurs signalent enfin que l'adhésion au protocole de l'étude a été jugée bonne. Trois mois après la fin de l'étude, 68 % des patients du groupe de tai-chi ont déclaré continué à pratiquer l'activité au moins une fois par mois.

Le tai-chi, pour quels patients ?

Des analyses post-hoc montrent que le bénéfice en termes de qualité de vie est particulièrement marqué chez les patients de stade NYHA II et III, ceux présentant une insuffisance cardiaque non ischémique, et chez les patients qui présentaient un rythme cardiaque au repos plus élevé au début de l'étude. L'un des effets supposés des exercices « corps-esprit » est d'ailleurs de moduler favorablement le système nerveux autonome, ce qui correspond bien à ce bénéfice plus net en cas de suractivité sympathique.

Cette observation ne suffit toutefois pas à définir une sous-population de patients susceptibles de répondre davantage à ce type d'intervention. Et ce d'autant plus que, contrairement à ce qui est apparu dans un essai-pilote préalable, le taux de noradrénaline a eu tendance à augmenter dans le groupe tai-chi, et qu'aucun effet significatif n'a été observé sur le taux de peptide natriurétique de type B (qui inhibe le système nerveux sympathique).

Le profil du bon répondeur au tai-chi reste donc à préciser.

Des mécanismes à mieux comprendre

S'agissant des mécanismes par lesquels cette activité pourrait procurer un bénéfice, on en reste à des hypothèses et à la nécessité d'approfondir. Dans son commentaire de l'étude, le Dr John Teerlink (Université de Californie, San Francisco) souligne ainsi l'intérêt d'essais cliniques rigoureux, portant une attention suffisante au groupe contrôle, ainsi qu'à la conduite en aveugle (au mieux simple aveugle dans le cas du tai-chi), la sélection des critères d'efficacité et la taille de l'échantillon. Mais « il serait intéressant d'étudier plus avant les mécanismes du bénéfice présumé du tai-chi », conclut-il.

De leur côté, les auteurs de l'étude estiment, eux, « qu'élucider les mécanismes physiologiques plausibles [du tai-chi] nous permettrait de mieux adapter nos interventions, cibler des sous-populations ayant des constellations spécifiques de symptômes et permettre d'autres découvertes cliniques. »

La difficulté est que ces mécanismes pourraient être très divers, puisque les exercices de tai-chi favorisent la respiration, l'exercice aérobie, la méditation, les interactions sociales, avec des effets possibles sur la capacité à l'effort, l'humeur, la fonction autonome.

D'un point de vue pratique, il reste aussi à voir si une intervention de ce type pourrait être mise en place à plus grande échelle, à un coût comparable à celui d'autres types d'interventions.

Le tai-chi des 37 pas

Le tai-chi est une gymnastique douce associant des mouvements inspirés des arts martiaux à la méditation.

Le protocole utilisé dans l'essai consistait à réaliser d'abord des exercices d'échauffement (transfert du poids du corps, balancement des bras, étirements doux du cou, des épaules, de la colonne, des bras et des jambes), et à utiliser des techniques de visualisation et de respiration.

Ces exercices sont destinés à relâcher la tension du corps, prendre conscience du mouvement, augmenter la perception de sa respiration et promouvoir la relaxation générale du corps et de l'esprit.

Les mouvements de tai-chi réalisés après l'échauffement correspondaient quant à eux à une pratique simplifiée, dite « des 37 pas », créée par Maître Cheng Man Ching (1902-1975), quand la forme traditionnelle en compte 108.


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