Les femmes surpasseront-elles les hommes en ultra-endurance ?

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

28 mars 2011

Performances des hommes et des femmes en ultra-endurance

Dans les disciplines classiques d'endurance, les femmes seront toujours limitées par leur VO2 max. En revanche, elles bénéficient d'une relative protection musculaire, qui leur donne un avantage possible dans les épreuves de type course en montagne.
28 mars 2011

Paris, France — Il existerait une différence de 10 à 15 % insurmontable entre les performances des hommes et des femmes dans les disciplines classiques d'endurance, a expliqué le Pr Laurent Bosquet (Faculté des sciences du sport, Université de Poitiers), lors du 4e Forum Européen Cœur, Exercice et Prévention[1]. Dans les épreuves moins classiques, comme le trail (50-70 km dans la nature) ou l'ultra-trail (à partir de 100 km), une meilleure protection des femmes vis-à-vis des dommages musculaires pourrait toutefois combler le handicap.

Au marathon, l'avantage reste aux hommes

Une étude de Brian J Whipp et Susan A Ward parue dans Nature en 1992 avait prédit que les femmes surpasseraient les hommes au marathon vers 1998, a rappelé le Pr Bosquet. Or, aujourd'hui, les records du monde sont de 2h03'59'' pour les hommes et de 2h15'25'' pour les femmes.

L'analyse de Whipp et Ward s'avère donc erronée. Ces auteurs avaient réalisé une projection linéaire de la progression des records, alors que cette progression est plus souvent curvilinéaire. De plus, pour les femmes, le marathon est une discipline récente (introduite aux JO de 1984), et qui a bénéficié de l'expérience d'entraînement acquise chez les hommes. La progression des femmes a donc été initialement plus rapide. Mais sa pente a fini par rejoindre celle des hommes. Et la différence de 10 à 15 % persiste aujourd'hui entre les hommes et les femmes.

Un écart inconstant selon la nature de l'épreuve

En fait, selon la durée de l'effort, l'écart entre hommes et femmes peut fluctuer. Jusqu'à 21.100 m, les records masculins restent supérieurs. Jusqu'à 100 km, l'écart se resserre. Mais quand on passe à l'ultra-fond (24 h), les records masculins reprennent nettement le dessus.

Toutefois, malgré ces fluctuations, « si l'on s'intéresse aux dix meilleurs performances, une différence relativement stable de 13 % est retrouvée quelles que soient les épreuves », indique le Pr Bosquet, qui ajoute que, derrière ces différences, l'important est surtout « le niveaux incroyable des records féminins pour les 21.100m et 100 km, et le niveau tout aussi incroyable des hommes sur 24 h ».

Un frein constitutif : le taux d'hémoglobine féminin

Cette différence hommes-femmes peut à priori avoir plusieurs causes : la VO2 max (qui s'explique par le taux d'hémoglobine), l'endurance aérobie et le coût énergétique (qui dépend de la force). Lorsque l'on compare les valeurs, toutefois, la seule différence observée concerne la VO2 max.

VO2 max, endurance aérobie et coût énergétique chez les hommes et les femmes


Hommes
Femmes
VO2 max (ml/min/kg)
75-85
65-75
Endurance aérobie (% VO2 max)
80-85
80-85
Coût énergétique (ml/kg/km)
160-180
160-180

Dans le cadre des épreuves d'endurance classiques, le taux d'hémoglobine semble donc avoir un impact majeur sur la performance. En revanche, la différence hommes-femmes est nettement moindre dans des disciplines d'endurance plus récentes comme le trail ou l'ultra-trail.

Pourraient être en cause les contraintes différentes subies par l'organisme en fonction de la nature du sol, des dénivelés (positif comme négatif) et des variations de températures. Aux facteurs de performance classique, viennent en effet s'ajouter d'autres facteurs tels que les dommages musculaires, l'utilisation des substrats, la tolérance du tube digestif, ainsi que des facteurs psychiques.

Or, au moins vis-à-vis des dommages musculaires, les femmes semblent bénéficier d'une relative protection.

Une meilleure protection des femmes vis-à-vis des dommages musculaires

Les mécanismes de cette protection ne sont pas encore compris. Un rôle des oestrogènes est envisagé. Ils pourraient agir en diminuant la libération de créatinine kinase. Toutefois, une étude comparant des rats mâles, des femelles et des femelles ovariectomisées, a montré que la privation en œstrogène n'empêchait pas une réparation musculaire plus rapide, ce qui suggère le rôle d'autres facteurs comme, peut-être, le calcium intramusculaire.

Par ailleurs, les femmes, pour une intensité donnée, consomment plus de lipides que les hommes. Or l'utilisation des réserves en glycogène pourrait également être à l'origine d'une différence dans la réparation des dommages musculaires.

Enfin, la tolérance gastro-intestinale est importante puisqu'on considère que 30 à 50 % des participants ont des problèmes de diarrhée, de crampes intestinales et de reflux gastriques. Or cette tolérance est encore plus sollicitée dans les épreuves de longue durée, à la fois du fait de la déshydratation qui entraîne une diminution du flux sanguin gastro-intestinal et une adaptation neuro-endocrinienne et du fait de l'irritation mécanique des parois de l'estomac et de l'intestin.

Néanmoins, aucune différence entre les deux sexes n'a pour l'heure été démontrée pour ces deux derniers facteurs. La seule véritable différence concerne donc la capacité féminine à limiter les dommages musculaires.

« Pour les épreuves classique, la VO2 max est un facteur difficilement surmontable. Toutefois, la protection vis-à-vis des dommages musculaires fait que les femmes pourraient être aussi rapides — voire plus rapides — que les hommes dans les épreuves où cela constitue un avantage, comme l'ultratrail et la course de montagne », conclut le Pr Bosquet.

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