Le parkinsonisme guadeloupéen

Matthew J Barrett

Auteurs et déclarations

4 mars 2011

Le parkinsonisme guadeloupéen

4 mars 2011

Bien que rares, les causes environnementales du parkinsonisme sont très utiles, car elles laissent entrevoir des indices de la pathogenèse de la maladie de Parkinson idiopathique.

Nous connaissons très peu de causes environnementales du parkinsonisme. Parmi elles, notons le MPTP, le manganèse et possiblement le BMAA, un acide aminé excitatoire présent en grandes quantités dans les cycadophytes de l'île de Guam. Bien que rares, les causes environnementales du parkinsonisme sont très utiles, car elles laissent entrevoir des indices de la pathogenèse de la maladie de Parkinson idiopathique.

Sur l'archipel français de la Guadeloupe, un pourcentage important de parkinsoniens présentent une maladie atypique. Des études épidémiologiques et de laboratoire ont permis d'établir la responsabilité de l'annonacine, présente dans les feuilles d'Annona muricata (corossol), une plante utilisée dans la médecine traditionnelle créole. Comme le MPP+, le métabolite toxique du MPTP, l'annonacine est un puissant inhibiteur du complexe I.

À la manière du syndrome parkinsonien de l'île de Guam (démence et sclérose latérale amyotrophique), le parkinsonisme guadeloupéen attribuable à la consommation de corossol est atypique. En plus du parkinsonisme, les personnes atteintes présentent une démence, avec ou sans dysfonction oculomotrice. Les principaux symptômes cognitifs incluent une atteinte de la fonction exécutive et des hallucinations visuelles sans fluctuation de l'état mental. Le cliché d'IRM révèle une atrophie corticale et une atrophie du mésencéphale supérieur semblable à celle de la paralysie supranucléaire progressive (PSP). L'atrophie corticale est plus marquée dans le parkinsonisme guadeloupéen que dans la PSP, alors que l'atrophie du mésencéphale est plus prononcée dans la PSP [1]. L'autopsie de trois patients qui présentaient des anomalies oculomotrices a révélé une perte neuronale grave dans le locus niger, ainsi que des inclusions tau-positives dans les régions sous-corticales et corticales. En raison de l'étendue de leur maladie, les patients affichaient aussi un trouble du sommeil paradoxal, et leur prévalence du myoclonus était élevée [] [2] [] [.]

L'annonacine, si elle est effectivement la toxine responsable du parkinsonisme guadeloupéen, renforce l'hypothèse selon laquelle l'inhibition du complexe I est toxique pour les neurones du locus niger et interviendrait dans la maladie de Parkinson idiopathique. Cependant, dans le contexte du parkinsonisme guadeloupéen, la toxicité de l'annonacine n'est pas sélective et provoque une pathologie cérébrale étendue, qui est de plus caractérisée par une positivité tau, alors que la maladie de Parkinson idiopathique est associée à une synucléinopathie. Si l'annonacine offre un élément de réponse, elle sème aussi la confusion.

Chose intéressante, il est possible d'acheter en ligne un thé extrait de la plante Annona muricata, sous le nom de « thé Graviola », ce qui souligne l'innocuité douteuse d'un grand nombre plantes médicinales commercialisées.

Ce blog a initialement été publié sur Medscape.com le 17 janvier 2011.

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