L'IRM est-elle vraiment dangereuse pour un porteur de PM ou DAI ?

Dr Walid Amara

22 février 2011

Duluth, États-Unis — Des pacemakers et des défibrillateurs compatibles avec l'IRM commencent à arriver sur le marché. Mais la grande majorité des patients sont implantés de matériels en principe non compatibles. Quelle est la tolérance à l'IRM chez des patients porteurs de prothèses conventionnelles ?

Des résultats d'un registre américain, publiés dans Europace, tentent de répondre à la question [1]. Ce registre comporte 127 patients, porteurs d'un pacemaker ou d'un défibrillateur conventionnel (c'est-à-dire non IRM compatible), et ayant subi un examen IRM sans limitation du pic d'absorption.

Des PM et DAI conventionnels et des IRM sans limite de pic d'absorption

Le plan de l'étude est simple : évaluer le comportement du pacemaker ou du défibrillateur, des sondes et du patient après une IRM.

Les patients inclus dans cette étude étaient implantés d'un stimulateur ou défibrillateur cardiaque depuis plus de 6 semaines avec un état de la batterie dans la première partie de vie.

Un contrôle de la prothèse était réalisé avant et après l'IRM.

Parmi les 127 patients, 105 étaient porteurs d'un pacemaker, et 22 d'un défibrillateur. Ainsi, le total des sondes concernées était de 240 sondes, soit 104 sondes atriales, 127 sondes ventriculaires droites, et 9 sondes gauches.

Pour être inclus, les patients ne devaient pas être dépendants, c'est-à-dire devaient avoir un rythme d'échappement d'au moins 40 bpm (car l'IRM peut entraîner une inhibition du stimulateur cardiaque, et donc des risques vitaux pour le patient).

Concernant l'IRM, le pic d'absorption moyen était de 2,5 W/kg (1,3 à 3,2 W/kg).

Quels évènements ?

« L'IRM a été bien tolérée chez l'ensemble des patients » souligne le Dr Michael Mollerus (Duluth, États-Unis).

On note cependant un cas de fibrillation atriale au cours de l'IRM, un cas de « reset » en programme d'origine, et un cas de perte des mémoires holter chez un patient.

« Les seuils de stimulation, eux, n'ont pas été modifiés par l'IRM », indique le Dr Mollerus.

Évolution des paramètres électriques avant et après IRM


Toutes sondes
Avant IRM
Après IRM
p
Seuil (V)
0,7
0,6
ns
Détection (mV)
6,7
6,1
< 0,0001
Impédance (ohms)
500
491
< 0,0001

Même si des variations significatives des détections et des impédances au niveau des sondes ont été observées, ces variations « restent globalement acceptables », estiment les auteurs, qui ajoutent que « l'information importante de l'étude est que, chez des patients bien surveillés et non dépendants, il n'y a pas de cas de décès lié à l'IRM ».

 
Chez des patients bien surveillés et non dépendants, il n'y a pas de cas de décès lié à l'IRM — Les auteurs
 

Par ailleurs, il n'a pas été noté de différence d'effet selon les modalités de l'IRM, que l'examen soit réalisé à un taux d'absorption supérieur ou inférieur à 2 W/kg.

« Ceci souligne la bonne tolérance des examens à taux d'absorption élevé, qui sont habituellement de meilleure qualité », soulignent les auteurs. Ces données vont donc dans le sens de données rassurantes concernant les patients implantés de PM ou DAI conventionnels.

Risques théoriques d'une IRM chez un porteur de pacemaker ou défibrillateur 

Les risques, même faibles, peuvent être classés en deux catégories : risques pour le matériel implanté et risques pour le patient.

Pour le matériel implanté :

  • Risque de passage en mode asynchrone (DOO, VOO…)

  • Risque d'échauffement important des sondes

  • Risque de déprogrammation

  • Risque de panne de la prothèse

  • Enfin, risque de migration du défibrillateur et de déplacement des sondes, mais il s'agit d'un risque avant tout théorique

Pour le patient :

  • Risque de troubles du rythme ventriculaire liés à la transmission des ondes électromagnétiques vers le cœur.

  • Risque de brûlures des tissus avoisinants

  • Risque de choc inapproprié car les ondes électromagnétiques peuvent être interprétées comme un trouble du rythme ventriculaire par le défibrillateur


Des précautions sont néanmoins nécessaires

Selon le registre américain, l'IRM est bien tolérée, à la fois par le patient et par le matériel implanté. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ces IRM ont été réalisées dans d'excellentes conditions de sécurité, qu'il importe de rappeler :

Pour la prothèse :

  • La stimulation doit être réglée en mode asynchrone (ou OFF pour les patients non dépendants).

  • Les thérapies doivent être programmées sur OFF en cas de défibrillateur.

Pour le patient :

  • Score et saturation au cours de la procédure.

  • Présence du rythmologue.

  • Matériel de réanimation disponible (défibrillateur externe, stimulateur externe).

On note enfin que Medtronic a mis à disposition des stimulateurs et sondes compatibles IRM, et sera rapidement suivi par les autres constructeurs.

Lors d'une IRM, la prise en charge des patients porteurs de matériel compatible est simplifiée :

  • Programmation en mode IRM avant l'IRM (qui est un mode asynchrone).

  • Reprogrammation immédiatement après l'IRM en mode conventionnel.

Le Dr Michael Mollerus a reçu des subventions de recherche de Boston Scientific et de Medtronic. Le Dr Walid Amara a reçu des subventions de recherche de Medtronic et Biotronik.

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