Fumer diminue la réponse aux traitements de la polyarthrite rhumatoïde précoce

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

26 avril 2011

Fumeurs répondent mal aux traitements de la polyarthrite rhumatoïde

Les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde précoce et fumeurs sont plus à risque de développer une forme sévère de la maladie, répondant mal au méthotrexate et aux anti-TNF.
26 avril 2011

Stockholm, Suède — Des chercheurs suédois rapportent dans le numéro de janvier d'Arthritis & Rheumatism, que les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR) précoce et fumeurs sont plus à risque de développer une forme sévère de la maladie, répondant mal au méthotrexate (MTX) et aux anti-TNF. [1][]

L'étude, réalisée par Saedis Saevarsdottir et coll. (Karolinska Institute, Stockholm, Suède), a aussi montré que l'arrêt du tabac avant le diagnostic était associé à une meilleure réponse.

« Les patients atteints de PR devraient être fortement encouragés à arrêter de fumer et être informés que les fumeurs avaient 50 % de chance en moins de bien répondre au traitement comparé aux non-fumeurs. La réponse ne différait pas entre les anciens fumeurs et ceux qui n'avaient jamais fumé. Dans notre clinique, spécialisée dans la PR précoce, un programme d'aide à l'arrêt du tabac a maintenant été instauré », commente Saedis Saevarsdottir pour Medscape Medical News.

Dans cette analyse, tous les patients qui avaient arrêté la cigarette avant le diagnostic et le début du traitement, quel que soit le moment de l'arrêt, ont été considérés comme anciens fumeurs.

« Reste à étudier si l'arrêt du tabac avant le début du traitement est bénéfique. Pour l'instant, les résultats de l'étude donnent aux cliniciens un nouvel élan pour inclure des mesures contre le tabagisme comme élément fondamental de leur stratégie thérapeutique», souligne Saedis Saevarsdottir.

« Nous avons aussi cherché à évaluer si la dose cumulée, mesurée en paquet-années (1 paquet-année équivaut à 20 cigarettes par jour pendant 1 an), influençait la réponse dans les groupes de fumeurs et d'anciens fumeurs. Ce n'était pas le cas, il semble donc que ce soit le statut de fumeur actuel qui compte », explique Saedis Saevarsdottir.

Les chercheurs ont utilisé les données cliniques de 1430 patients entrés dans l'étude Epidemiological Investigation of Rheumatoid Arthritis (EIRA) entre 1996 et 2006. EIRA est une étude contrôlée portant sur une population de patients suédois âgés de 18 à 70 ans et atteints de PR ayant été inclus en moyenne 10 mois après le début des symptômes et dans l'année du diagnostic. Sur l'ensemble des participants, 873 ont débuté le MTX en monothérapie à l'entrée dans EIRA et 535 ont commencé un traitement anti-TNF, en moyenne, 3 ans après le diagnostic.

Le critère de jugement primaire était la bonne réponse au traitement à la consultation des 3 mois d'après les critères de l'European League Against Rheumatism. Les auteurs ont observé que les fumeurs avaient moins de chance que les non-fumeurs d'obtenir une bonne réponse après 3 mois de MTX (27 vs 36 % ; p = 0,05) ou d'anti-TNF (29 vs 43 % ; p = 0,03).

Dans une analyse multivariée tenant compte des facteurs cliniques, sérologiques et génétiques, le tabagisme actuel était associé à une perte de chance de bonne réponse au traitement (RR ajusté à 3 mois = 0,61 ; à 6 mois = 0,65 ; à 1 an = 0,78 ; à 2 ans = 0,66 et à 5 ans = 0,61). Le statut d'ancien fumeur n'affectait pas la réponse au MTX ou aux anti-TNF.

« Nous avons aussi trouvé que seulement 14 % des fumeurs qui n'avaient pas commencé de traitement à l'entrée dans l'étude obtenaient une bonne réponse après 3 mois comparé à 34 % des patients atteints de PR qui n'avaient jamais fumé », souligne Saedis Saevarsdottir.

Les nouvelles données suggèrent également que le tabagisme pourrait affecter la susceptibilité à la PR et la progression de la maladie par des voies différentes.

« Fumer des cigarettes est un facteur de risque de développer une PR bien connu, en particulier pour les patients anti-CCP (Peptide Citruliné Cyclique) positifs, alors que le statut anti-CCP n'avait pas d'impact sur l'association entre le tabagisme et la réponse au traitement. Donc le mécanisme par lequel le tabagisme influence la susceptibilité à la PR et l'évolution de la maladie pourrait différer », note Saedis Saevarsdottir.

Les résultats de cette étude ont aussi des implications sur la conception des essais cliniques évaluant les nouveaux traitements de la PR.

« Le tabagisme devrait être pris en compte lorsqu'on essaye d'évaluer ou de prédire la réponse à un traitement de la PR car la perte de réponse au traitement chez les fumeurs a été observée, aujourd'hui, pour les traitements de première et de deuxième ligne, et aussi pour l'ensemble du groupe, quel que soit le traitement utilisé », commente Saedis Saevarsdottir.

Selon le Dr. Alan Silman (Epidémiologie des maladies rhumatismales, Université de Manchester, Royaume-Uni), «  cette étude s'ajoute aux données écrasantes qui suggèrent que si un patient développe une PR, il devrait arrêter de fumer. Non seulement, comme nous le savions auparavant, fumer rend la maladie plus sévère, mais la PR est associée à un risque cardiovasculaire accru et l'arrêt du tabac doit être bénéfique. Enfin, le tabagisme pourrait limiter l'efficacité des traitements de la PR ».

Alan Silman n'a pas été surpris des résultats car « la tâche du traitement est rendue plus difficile par l'exposition continue aux effets pro-inflammatoires du tabagisme ». Il suggère que les chercheurs dont les essais sur les anti-TNF ont été achevés, analysent les résultats des groupes traités en fonction de l'exposition ou non aux cigarettes pendant l'essai.

« Cette étude s'appuie sur l'une des premières cohortes épidémiologiques sur la PR et les résultats confirment ceux observés dans d'autres cohortes : le tabagisme est associé à des PR plus sévères et à une réponse au traitement diminuée. Elle fournit des arguments supplémentaires pour dire au patient atteint d'une PR précoce qu'il ou elle devrait arrêter de fumer ou qu'il risque une progression plus sévère de sa maladie », commente dans le même sens, le Pr. Kenneth Saag (Division d'immunologie clinique et de rhumatologie et Directeur du Centre pour les Résultats et l'Efficacité de la Recherche et la Formation, Université d'Alabama, États-Unis) pour Medscape Medical News.

L'étude EIRA a été financée par le Swedish Medical Research Council, le Stockholm County Council, le Flight Attendant Medical Research Institute, le Swedish Council for Working Life and Social Research, King Gustaf V's 80-Year Foundation, le Swedish Rheumatism Association, le Swedish Combine Project, et par le Sixième Programme Cadre de la Communauté Européenne (Projet AutoCure). Les Drs. Saevarsdottir, Silman et Saag n'ont pas déclaré de conflits d'intérêts. Un auteur de l'étude a rapporté recevoir des honoraires de Wyeth et de Bristol-Myers Squibb.

Cet article a été originalement publié sur Medscape.com, le 6 janvier 2011. Auteur : Janis C. Kelly

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