L'infarctus, promoteur de suicide surtout chez les jeunes

Dr Muriel Gevrey

Auteurs et déclarations

28 janvier 2011

L'infarctus du myocarde promoteur de suicide

Une large étude rétrospective montre une relation forte entre infarctus et suicide, surtout chez les sujets jeunes et les patients aux antécédents psychiatriques.
21 janvier 2011

Aarhus, Danemark — Une étude danoise cas-témoins rétrospective sur près de 20 000 suicides montre qu'un infarctus du myocarde (IDM) triple le risque de suicide dans le mois qui suit l'accident aigu, surtout chez les sujets jeunes. Chez les patients aux antécédents psychiatriques, le risque est augmenté d'un facteur 64 par rapport aux personnes saines psychologiquement et indemnes d'infarctus. Ces résultats sont publiés dans Circulation. [1]

Dans le travail de l'équipe de Karen Kjaer Larsen (Université d'Aarhus, Danemark), le risque suicidaire reste augmenté jusqu'à cinq ans après l'accident coronarien.

Un lien difficile à quantifier

Les études épidémiologiques s'accordent sur la relation forte entre la détresse psychologique et la survenue ou l'évolution péjorative d'un IDM. Par ailleurs, la dépression ou un faible niveau socio-économique ont tendance à augmenter le risque d'IDM et de suicide de telle sorte qu'il est difficile de quantifier l'association entre IDM et suicide. De même, des affections menaçant le pronostic vital comme les accidents vasculaires cérébraux, l'épilepsie ou le diabète ont tendance à faire émerger les pensées suicidaires.

L'objectif de l'étude a été d'évaluer l'association entre IDM et suicide en prenant en compte le diabète, les accidents vasculaires cérébraux, les maladies psychiatriques, le niveau socio-économique et la chronologie par rapport à l'accident aigu.

Cinq registres longitudinaux

Cinq registres longitudinaux ont été colligés et les causes de décès ont été relevées entre 1981 et 2006. Dans cette étude cas-témoins, les cas ont été définis comme les suicides des personnes âgées de 40 à 89 ans sur une période de 25 ans, les témoins (10 par cas) ont été appariés sur l'âge, le sexe et la chronologie d'entrée dans le registre.

L'étude a rassemblé 19 857 suicidés et 190 058 témoins.

Résultats : le risque est très augmenté dans le mois qui suit surtout chez les sujets jeunes (OR de 3,25) et la combinaison entre un IDM et les antécédents psychiatriques fait exploser le risque suicidaire (OR de 64).

État de stress post-traumatique

Ce travail conforte une étude réalisée dans 14 pays sur 37915 sujets qui a mis en évidence que différentes pathologies chroniques étaient associées à des pensées suicidaires, quel que soit le statut psychiatrique antérieur.

Un travail fait dans le sud de la France a aussi trouvé une association positive entre la prévalence de la maladie coronaire sur la vie entière et les tentatives de suicide chez les personnes âgées.

Deux autres études danoises ont récemment documenté la réaction de stress en post-infarctus avec le développement d'un état de stress post-traumatique qui multiplie par 10 le taux de suicides réussis.

L'éditorialiste de Circulation rapproche cet état de la vague de suicides survenant chez les soldats au retour de la guerre après avoir été exposés à de multiples évènements stressants [2]. D'après une enquête basée sur un questionnaire validé par les sociétés savantes américaines de cardiologie et de psychiatrie, 12 % des patients en post-IDM ont des idées suicidaires et 0,45 % ont nécessité une hospitalisation pour ce motif.

Dépistage du risque suicidaire en post-IDM

L'équipe de Larsen conclut que leurs résultats confortent les recommandations AHA/APA en faveur du dépistage du risque suicidaire après un infarctus. Cependant, le bénéfice du traitement antidépresseur sur le pronostic cardiovasculaire n'est pas encore établi.

Une large étude randomisée ENRICHD (the Enhancing recovery in Coronary Heart Disease) a évalué si les thérapies cognitivo-comportementales et le support social pouvaient réduire la mortalité et/ou la récidive d'IDM. Si l'état émotionnel est amélioré chez les patients, les critères durs ne sont pas modifiés. Une analyse a posteriori sur un groupe de patients non randomisés recrutés dans les deux bras de l'étude révèle que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine permettent de réduire significativement la mortalité et les récidives d'IDM.

Le même type d'analyse montre que l'intervention cognitivo-comportementale en groupe pourrait réduire la morbi-mortalité post-IDM. L'éditorialiste voit dans l'approche cognitivo-comportementale une opportunité de réduction de la détresse psychologique en corrigeant les distorsions cognitives après l'accident aigu et en renforçant la stratégie de coping. « Ce cadre positif réduit les séquelles que les patients en post-IDM associent à la psychothérapie » écrit l'éditorialiste.

Surtout les patients jeunes

Les auteurs soulignent comme points forts l'effectif de l'étude faite en population, l'ajustement sur les facteurs de confusion et la standardisation du recueil du diagnostic d'IDM, les autopsies étant obligatoires en cas de suspicion de suicide.

« Cela assure une haute spécificité du diagnostic de suicide, ce qui est important dans les études cas-témoins » écrivent les auteurs. Une des limites est la non-reconnaissance possible de troubles psychiatriques pré-existants.

Le sexe ne modifie pas le risque relatif de suicide alors qu'en population générale, les hommes ont tendance à commettre davantage de suicides réussis. À l'inverse de la tendance générale, les patients les plus jeunes représentent le groupe à plus haut risque en post-IDM.

Les auteurs indiquent que l'association entre IDM et suicide est restée stable au cours de la période de suivi alors que le taux de suicide a reculé entre 1980 et 2001 et que la prise en charge de l'IDM a continuellement progressé avec une réduction significative des durées de séjour hospitalier. « Ces facteurs auraient pu affecter l'état mental des personnes ayant eu un IDM dans différentes directions mais l'association entre IDM et suicide est virtuellement restée inchangée » écrivent les auteurs. « Nous avons trouvé que le risque de suicide après IDM diminuait légèrement après ajustement sur une admission antérieure pour AVC ou diabète, le revenu annuel et le statut professionnel et qu'il augmentait légèrement après ajustement sur le statut marital ».

Le niveau socio-économique n'intervient pas, ni l'impact socio-économique de l'IDM.

« Ainsi, nos résultats indiquent que l'IDM per se est un facteur de risque de suicide même après ajustement sur l'AVC, le diabète et d'autres variables socio-économiques qui augmentent le risque de suicide en population générale ».

Il s'agirait de la détresse psychologique induite par l'IDM qui serait à l'origine du passage à l'acte avec souvent, un sentiment de désarroi, une agressivité et une impulsivité en relation avec un faible taux de sérotonine et de noradrénaline.

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