Le Comité Français de Lutte contre l'HTA prône un dépistage des troubles du sommeil chez l'hypertendu

Vincent Bargoin

6 décembre 2010

Paris, France — La Journée Nationale contre l'hypertension, traditionnellement située la veille du congrès de la Société Française d'HTA, se tiendra le 14 décembre prochain. Le Comité Français de Lutte contre l'HTA (CFLHTA), qui organise cette journée, a choisi cette année le thème des troubles du sommeil.

Pr Mourad

« Les relations entre troubles du sommeil et HTA sont  très méconnues », a rappelé le Pr Jean-Jacques Mourad
(Hôpital Avicenne, Bobigny, Président du CFLHTA) lors d'une conférence de presse. « Chez les adolescents et les jeunes adultes, ces troubles sont prédictifs de l'apparition d'une HTA, et chez les patients déjà hypertendus, ils sont prédictifs à la fois d'une mauvaise réponse au traitement et de la survenue d'évènements ».

Des mauvaises nuits à risque

 
On dort en moyenne 1 h 30 de moins qu'il y a 50 ans. L'un des éléments déterminants de cette situation est le prix de l'immobilier urbain dont on connaît l'impact sur les temps de transport — Pr Mourad (Hôpital Avicenne, Bobigny)
 

Un premier constat est que l'on dort de moins en moins — « en moyenne 1h30 de moins qu'il y a 50 ans », précise le Pr Mourad. Et d'ajouter que « l'un des déterminants important de cette situation est le prix de l'immobilier urbain dont on connaît l'impact sur les temps de transport ».

Le problème est qu'on est loin de la simple notion de confort. L'étude CARDIA (Coronary Artery Risk Development in Young Adults), menée chez des sujets de 33 à 45 ans suivis de 2000 à 2006, a montré des corrélations significatives, et dose-dépendantes entre durée de sommeil et/ou qualité du sommeil d'une part, et pression artérielle (PAS et PAD), ainsi qu'avec la survenue d'HTA à 5 ans [1].

 
En deçà de 5 heures de sommeil par nuit, le risque devient important — Pr Mourad
 

« En deçà de 5 heures de sommeil par nuit, le risque devient important », souligne le Pr Mourad. « Et il l'est d'autant plus quand il s'agit d'adolescents ou d'adultes jeunes, dont la somnolence diurne favorise tous les moyens de se tenir éveillé, tabagisme, grignotage, ainsi que la sédentarité. Le manque de sommeil et le sommeil de mauvaise qualité chez les adolescents est annonciateur de l'ensemble des composantes du syndrome métabolique rencontrées plus tard ».

Un risque aussi chez les sujets déjà hypertendus

Chez les sujets déjà hypertendus, on trouve des chiffres particulièrement spectaculaires.

Une étude japonaise rapporte ainsi un risque d'évènements à 50 mois augmenté d'un facteur 1,68 chez les hypertendus dormant moins de 7 h 30 par nuit, et par un facteur 4,43 si, en outre, la PAS nocturne excède la PAS diurne [2].

L'absence de la réduction normale de la PA durant le sommeil témoigne de l'existence d'épisodes d'apnée. Ces épisodes peuvent être plus ou moins nombreux, avec des fréquences pouvant atteindre 30 par heure. Et chacun se solde par une sécrétion physiologique d'hormones de stress, réactivant le tonus vasculaire. « Les apnées du sommeil sont le signe caricatural d'un problème profond de qualité de vie » note le Pr Mourad.

 
Les apnées du sommeil sont un signe caricatural d'un problème profond de qualité de vie — Pr Mourad
 

En attendant de pouvoir jouer sur les prix de l'immobilier et autres anomalies structurelles — mais sans perdre de vue que le problème de fond est là, et non dans de « mauvais gènes » — il faut au moins avoir conscience qu'un sommeil de mauvaise qualité est fréquent chez les hypertendus.

« On estime qu'environ 30 % des hypertendus présentent des troubles du sommeil, et qu'entre 50 et 80 % des patients résistants aux traitements présentent des apnées », indique le Pr Mourad, qui qualifie par ailleurs ces apnées de « première cause de résistance au traitement ».

Un dépistage dans les populations présentant des facteurs de risque

 
La méconnaissance très fréquente des syndromes d'apnée du sommeil dans la population hypertendue justifie la mise en avant d'un dépistage — Pr Mourad
 

« La méconnaissance très fréquente des syndromes d'apnée du sommeil dans la population hypertendue justifie la mise en avant d'un dépistage », conclut-il. Ce dépistage peut se faire rapidement, au cours d'une consultation, les premiers signes à rechercher étant des ronflements, des pauses dans le sommeil, la fatigue le matin au réveil et une somnolence diurne, enfin, des tachycardies, particulièrement suggestives chez les patients sous bêtabloquant.

Corriger les troubles du sommeil améliore la prise en charge d l'HTA

Ce dépistage, pour quel bénéfice ?

 
Corriger les problèmes de sommeil permet de sortir certains patients de grandes difficultés — Pr Girerd (Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris)
 

En ce qui concerne les jeunes adultes, non encore hypertendus, « on ne sait pas encore si la correction de la dette de sommeil empêche ou limite effectivement l'apparition ultérieure de l'HTA », remarque le Pr Mourad. L'association épidémiologique le suggère néanmoins fortement.

En ce qui concerne les sujets déjà hypertendus, on constate un effet positif de la prévention des apnées du double point de vue de la PA et de la consommation de médicaments. L'effet thérapeutique de la correction du sommeil est cependant « moins puissant que la relation épidémiologique » ajoute le Pr Mourad. « L'effet de l'appareillage et de la correction des apnées, est maximal chez les patients à la fois très hypertendus et présentant beaucoup d'apnées ».

Pr Girerd

« Le bénéfice de la correction des apnées sur la mortalité cardiovasculaire ne passe pas nécessairement uniquement par la PA », estime pour sa part, le Pr Xavier Girerd
(Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris).

« Mais il permet une amélioration de fond de la qualité de la prise ne charge de l'hypertension et la réduction du nombre de médicaments. Corriger les problèmes de sommeil permet de sortir certains patients de grandes difficultés ».

FLASHS 2010 : l'HTA reste dans une tendance « haussière »

À l'occasion de la Journée Nationale contre l'HTA, le CFLHTA a réalisé sa traditionnelle enquête FLASHS (French League Against Hypertension Survey). L'édition 2010 a été menée en mai et juin 2010, auprès de 4500 personnes, à l'aide d'un questionnaire auto-administré (3718 questionnaires renvoyées).

Elle était naturellement tournée vers les troubles du sommeil et confirme leur association avec l'HTA. En se basant sur le test d'Epworth, qui évalue la somnolence diurne, l'enquête conclut que 12,2 % des sujets traités pour HTA présentent un risque important d'endormissement diurne, contre 10,9 % des sujets non traités pour HTA. Par ailleurs, quand 1 % des sujets non traités pour HTA déclarent une prise en charge thérapeutique pour apnée du sommeil, ce taux monte à 4 % chez les sujets traités pour HTA, et à 10,9 % chez les patients présentant une HTA, un diabète et une hypertriglycéridémie. « On voit là l'effet de l'IMC » commente le Pr Girerd.

D'une manière plus générale, l'enquête FLASHS 2010 montre que la prévalence de l'HTA en France « reste dans une tendance haussière », selon l'expression du Pr Girerd. Aujourd'hui, le nombre d'hypertendus de 35 ans ou plus en France dépasse les 11 millions.

Autre information : parmi les traitements antihypertenseurs utilisés, les ARA-II voient leur place diminuer depuis 2007, quand la place des IEC, au contraire, augmente. Ces chiffres montrent « un succès de la campagne de l' Assurance Maladie », estime le Pr Girerd.


Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....