Médiator : la réponse du Dr Jacques Servier dans Le Monde

Vincent Bargoin

23 novembre 2010

Paris, France — Dans une interview au journal Le Monde, publiée dans l'édition du dimanche 21-lundi 22 novembre, le Dr Jacques Servier, fondateur et PDG des Laboratoires Servier, déclare être [ainsi que le personnel du laboratoire] « sidérés, stupéfaits » par l'imputation d'au moins 500 décès au Médiator. « C'est à se demander si cette affaire est une fabrication », ajoute-t-il, « peut-être [dans] l'idée d'embêter le gouvernement » [1].

 
Nous avons le souci d'élucider le chiffre de 500 morts avec le Ministère de la santé, l'Afssaps, Mme Frachon [Dr Irène Frachon] — Dr Servier
 

Le Dr Servier indique qu'en « trente-quatre ans, ce produit n'a pas suscité la moindre plainte » et qu'en « 2008, l'Afssaps autorisait deux concurrents [de Servier] à produire un générique du Médiator, avant de retirer le produit du marché un an plus tard. Les médecins et les patients ont été informés et personne n'a évoqué le moindre décès. Il n'y en avait pas », affirme le Dr Servier. « Tout à coup, le bruit médiatique a surgit, disproportionné ».

Quant aux 500 morts, le Dr Servier dit « vouloir comprendre où ils sont » et qualifie les chiffres avancés de « statistiques, basées sur des présomptions ».

« Nous avons le souci d'élucider le chiffre de 500 morts avec le Ministère de la santé, l'Afssaps, Mme Frachon [Dr Irène Frachon], et la CNAM », affirme-t-il.

Un métabolite commun : la (d)-norfenfluramine

Sur le fond, la question de la toxicité du Médiator tient à sa proximité chimique avec les fenfluramines, dont faisait partie l'Isoméride (dexfenfluramine), retiré en 1997.

Le Dr Servier rappelle que le Médiator est de la même famille que l'Isoméride, mais que les deux molécules sont différentes.

 
Le niveau de l'exposition à la norfenfluramine (évolution de ses concentrations plasmatiques au cours du temps) est similaire pour le benfluorex, la fenfluramine et la dexfenfluramine (Isoméride) aux doses thérapeutiques utilisées — Afssaps
 

Dans un Point d' information de l'Afssaps, daté du 16 novembre, consacré aux propriétés pharmacologiques et au mode d'action du Médiator, l'agence indique pour sa part « qu'une partie de la structure chimique [du benfluorex] est commune avec celle des fenfluramines » [2].

Le Dr Servier indique par ailleurs que le métabolite commun au Médiator et à l'Isoméride, la (d)-norfenfluramine, ne représente que 2 % des métabolites du Médiator et 40 % des métabolites de l'Isoméride ». Dans son communiqué, l'Afssaps avance les chiffres de 4 % (Médiator), 33 % (Isoméride) et de 10,6 % pour la fenfluramine (Pondéral).

L'Agence note cependant que « le niveau de l'exposition à la norfenfluramine (évolution de ses concentrations plasmatiques au cours du temps) est similaire pour le benfluorex, la fenfluramine et la dexfenfluramine (Isoméride) aux doses thérapeutiques utilisées ».

 
On estime qu'il [le Médiator] a été utilisé dans 20 % des cas comme tel [coupe-faim] — Dr Servier
 

S'agissant de l'utilisation du Médiator comme coupe-faim, le Dr Servier signale qu'on « estime qu'il a été utilisé dans 20 % des cas comme tel ».

Enfin, il souligne que Servier « n'est pas une maison financière », que « le Médiator ne représente que 0,7 % du chiffre d'affaire  [du laboratoire] », et que « prendre des risques pour un produit mineur en terme de chiffre d'affaire n'a pas de sens ».

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