Pr Gilbert Habib, échographiste, clinicien et chasseur d'endocardite infectieuse

Dr Corinne Tutin

7 juin 2010

Marseille, France — Dresser le portrait du Pr Gilbert Habib est une gageure. Car l'homme est modeste. Plutôt que de parler de lui, ce qu'il n'aime visiblement pas, ce Marseillais qui a fait toute sa carrière dans sa ville natale, préfère évoquer de ce qui lui tient à cœur, l'amélioration de la prise en charge de l'endocardite infectieuse car Gilbert Habib a participé en 2009 à l'élaboration des recommandations européennes de prise en charge cardiologique et de diagnostic échographique concernant cette pathologie, le traitement aussi des patients porteurs de cardiomyopathies, nombreux dans son service...

Pr Gilbert Habib

Gilbert Habib, qui dirige à la fois le département de cardiologie et le laboratoire d'échocardiographie du CHU de la Timone
à Marseille, s'est énormément intéressé à cette technique d'imagerie médicale. Il est d'ailleurs actuellement secrétaire de l'Association Européenne d'Echocardiographie (EAE) et a présidé, de 2006 à 2008, la Filiale d'échocardiographie de la Société Française de Cardiologie
(SFC).

 
Pour être un bon échocardiographiste, il faut en effet avant tout être un bon clinicien - Pr Habib
 

Allié au désir de travailler avec des équipes multidisciplinaires et de demeurer avant tout clinicien, c'est probablement ce qui explique son intérêt pour ces affections parfois délaissées que sont l'endocardite et les cardiomyopathies. Comme l'indique Gilbert Habib « pour être un bon échocardiographiste, il faut en effet avant tout être un bon clinicien ».

La collaboration avec les autres spécialistes et internistes au cœur des projets de Gilbert Habib

Pourquoi l'endocardite, qui représente le domaine sur lequel Gilbert Habib a le plus publié ?

« Parce que lorsqu'on fait de l'échocardiographie, c'est une pathologie qui offre les images les plus parlantes, les plus belles. Parce que l'endocardite est à l'origine de situations cliniques qui font toujours réfléchir et qu'on ne peut mettre en place le diagnostic, le suivi, le traitement qu'en combinant données échocardiographiques et cliniques, ce qui a toujours été l'attitude que j'ai adoptée lors de ma carrière », explique-t-il. Egalement, « parce que c'est une pathologie à la frontière de la cardiologie, qui exige pour être traitée le concours d'infectiologues, de chirurgiens cardiaques, d'internistes, de neurologues ».

 
L'endocardite est à l'origine de situations cliniques qui font toujours réfléchir et qu'on ne peut mettre en place le diagnostic, le suivi, le traitement qu'en combinant données échocardiographiques et cliniques, ce qui a toujours été l'attitude que j'ai adoptée lors de ma carrière -Pr Gilbert Habib (la Timone, Marseille)
 

Gilbert Habib a d'ailleurs créé en collaboration avec le laboratoire de bactériologie du Pr Didier Raoult à la Timone un centre de diagnostic et de suivi de l'endocardite infectieuse, « qui draine », reconnait-il « une grande partie des cas de la région PACA, soit environ 100 patients par an, alors que l'endocardite infectieuse est, pourtant », admet-il «  une pathologie relativement rare, touchant moins de 2 000 nouvelles personnes chaque année en France ».

Son équipe est aussi à l'origine en 2002 d'un protocole de traitement simplifié et standardisé de l'endocardite infectieuse, qui a permis de diminuer notablement la mortalité hospitalière imputable à cette infection.

« Les différents services de cardiologie des hôpitaux non universitaires publics et privés de la région PACA nous adressent de plus en plus leurs patients au début de la prise en charge, lorsque des décisions doivent être prises, notamment sur le choix éventuel d'un traitement chirurgical », ajoute-t-il. « Mais, il y a toujours un véritable dialogue avec eux, car les malades retournent dans un second temps dans ces services pour le suivi et le traitement ou sont même traités, dans leur service après concertation avec nous ». « Dans notre centre, toutes les prises de décision sont prises de manière collégiale lors d'un staff hebdomadaire avec les autres spécialistes, notamment les infectiologues et souvent les chirurgiens cardiaques et les anesthésistes », se félicite Gilbert Habib.

Un expert de l'endocardite infectieuse

Gilbert Habib est aussi fier de la création d'une consultation endocardite, deux fois par semaine au cours de laquelle les patients peuvent dans la même matinée bénéficier d'une consultation cardiologique, d'une échocardiographie et d'une consultation avec l'infectiologue, de prélèvements microbactériologiques, « ce qui représente un important progrès », estime-t-il.

Hors le registre régional mis en place en PACA sur l'endocardite infectieuse, ce spécialiste participe au programme de collaboration International sur l'Endocardite Infectieuse (ICE), dont le siège est à la Duke University de Durham en Caroline du Nord. Programme, qui a débouché en 2009 sur la réalisation d'une importante étude de cohorte prospective sur cette pathologie, ayant inclus près de 3 000 adultes de 25 pays.

On doit aussi à l'équipe de Gilbert Habib d'avoir montré en 2005 l'importance de critères échographiques, comme la taille des végétations valvulaires, pour prévoir le risque de décès dans les endocardites infectieuses et ses recherches ont confirmé la gravité des endocardites sur prothèses valvulaires et la nécessité d'opérer rapidement, pour améliorer le pronostic, celles qui sont secondaires à des staphylocoques ou sont compliquées.

 
Les espoirs de Gilbert Habib sont aujourd'hui que certains des messages des recommandations européennes sur l'endocardite passent auprès des médecins.
 

Sur un plan pratique, les espoirs de Gilbert Habib sont aujourd'hui que certains des messages des recommandations européennes sur l'endocardite passent auprès des médecins. Notamment « l'absence de nécessité d'entreprendre une prophylaxie antibiotique en dehors des gestes dentaires les plus à risque (soit s'accompagnant de saignement et touchant la région apicale des dents) chez les patients eux-mêmes le plus à risque (c'est-à-dire rappelons-le, les malades porteurs de prothèses valvulaires, avec des antécédents d'endocardite infectieuse ou une cardiopathie cyanogène non corrigée). « Cette prévention est, en effet, souvent inutile », rappelle Gilbert Habib « et, comme nous l'ont appris nos collègues infectiologues, on expose les malades en la pratiquant à un faible danger de sélection de souches résistantes ».

Autre centre d'intérêt phare : les cardiomyopathies

Pour une autre partie de son activité, Gilbert Habib se consacre aux valvulopathies non associées à une endocardite, aux cardiomyopathies, et à l'insuffisance cardiaque.

Son service est, en effet, également un centre de compétence pour les cardiomyopathies, notamment des cardiomyopathies rares, restrictives ou autres, « des pathologies où les apports de l'échographie et de la clinique sont très complémentaires ». De fait, Gilbert Habib a également créé une consultation multidisciplinaire, destinée à ces pathologies, « et au cours d'une journée, les patients adressés par les cardiologues de la région peuvent passer une batterie d'examens cardiaques, échocardiographie, radiographie du thorax, épreuve d'effort, IRM, mais aussi génétiques ».

La collaboration avec le centre de référence des maladies cardiaques héréditaires (cardiomyopathies, et troubles du rythme et de la conduction), fondé en 2004 et dirigé par le Pr Philippe Charron (Pitié-Salpêtrière, Paris), participe au niveau d'expertise du centre marseillais et à son fonctionnement en réseau, « tandis que la proximité du service de chirurgie cardiaque aide à la prise en charge de ces patients qui pour certains auront besoin d'une transplantation », indique Gilbert Habib.

Non compaction isolée du ventricule gauche

Gilbert Habib s'est aussi récemment intéressé au problème de la non compaction isolée du ventricule gauche, une cardiopathie récemment découverte qui semble due à une anomalie de développement de l'endocarde et du myocarde lors de l'embryogénèse et se caractérise par la présence de trabéculations ventriculaires à l'apex du ventricule gauche, s'accompagnant en général d'une dysfonction systolique.

L'équipe marseillaise de Gilbert Habib a ainsi participé avec la collaboration du Pr Philippe Charron et du Pr Alain Cohen-Solal (Hôpital Lariboisière, Paris) à la mise en place d'un registre national regroupant plus d'une centaine de patients atteints de cette maladie rare, registre aujourd'hui clos, et elle vient de montrer dans une étude comparative la plus forte sensibilité de l'IRM que l'échocardiographie standard pour confirmer ce diagnostic.

CARDIO-VALVES 2010, un premier congrès dédié aux valvulopathies

Gilbert Habib, Christophe Tribouilloy et Jean-Luc Monin, ont organisé les 6 et 7 mai 2010, à Marseille, une première manifestation entièrement dédiée aux valvulopathies. Le congrès CARDIO-VALVES 2010 sous la double égide de la Filiale d'Echocardiographie et du Groupe « Valvulopathies » de la Société française de Cardiologie, a essayé de répondre à toutes les questions pratiques que se posent les cardiologues dans le domaine des valvulopathies.

Prochain rendez-vous dans 2 ans pour CARDIO VALVES 2012.


Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....