Le risque d'IDM lié à la goutte serait plus élevé chez les femmes

Vincent Bargoin

15 février 2010

Vancouver, Canada — Chez l'homme, un certain nombre d'études ont mis en évidence un surrisque d'IDM chez les patients souffrant de goutte. Mais on manquait jusqu'à présent de données chez les femmes. Grâce à une étude de population conduite en Colombie-Britannique, c'est maintenant chose faite. Les résultats, publiés dans les Annals of Rheumatic Diseases, montrent que l'association existe aussi chez les femmes, et semble même plus étroite que chez les hommes. [1]

Le travail a été mené sur un échantillon de 9642 patients — dont 3890 patientes — âgés de plus de 65 ans (75 ans en moyenne) et atteints de goutte. Ces patients ont été identifiés sur les bases de données sanitaires de Colombie-Britannique et comparés à 48 210 sujets contrôles. Le suivi a duré sept ans, durant lesquels 3268 IDM ont été répertoriés, dont 996 chez des femmes. Après ajustement pour l'âge, les comorbidités et les prescriptions médicamenteuses, le risque relatif d'IDM chez une patiente atteinte de goutte, ressort à 1,39 (IC 95 % : 1,20-1,61) par rapport à une femme comparable mais non atteinte de goutte. Pour les seuls IDM non fatals, le risque est accru d'un facteur 1,41 (IC 95 % : 1,19-1,67), et pour les IDM fatals, d'un facteur 1,33 (IC 95 % : 0,99-1,78).

Chez les hommes, les risques relatifs sont de 1,11 (IC 95 % : 0,99-1,23) pour l'ensemble des IDM, de 1,11 (IC 95 % : 0,98-1,25) pour les IDM non fatals et de 1,10 (IC 95 % : 0,88-1,38) pour les IDM fatals. Ces surrisques associés à la goutte sont significativement inférieurs à ce que l'on constate chez les femmes pour les IDM totaux (p = 0,003) et les IDM non fatals (p = 0,005).

Dans leur discussion, les auteurs notent que leurs résultats sont sujets aux limitations habituelles des études de population, mais que « le sex ratio des incidences à la fois de la goutte et des IDM dans cette cohorte correspond à ce que l'on sait par ailleurs. Des biais sélectifs selon le sexe sont donc peu probables. Ainsi, si l'association entre goutte et IDM existe bien, comme le montrent des études prospectives chez l'homme, alors la comparaison utilisant une même définition de la goutte dans les deux sexes conduit à conclure que l'association est plus forte chez les femmes ».

Tout en admettant que leurs résultats mériteraient d'être confirmés, ils concluent en faveur d'une prise en charge agressive des facteurs de risque cardiovasculaire chez les patients des deux sexes atteints de goutte.

Hyon K Choi (Arthritis Research Center of Vancouver et Boston University School of Medicine), dernier signataire de l'étude, déclare avoir reçu des bourses de recherche de TAP Pharmaceuticals pour d'autres projets, et recevoir des honoraires et servir de consultant pour TAP Pharmaceuticals et Savient.

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