20 ans après Tchernobyl, fréquence anormale des arythmies chez l'enfant

Dr Catherine Desmoulins

21 septembre 2009

Novozybkov, Russie — Vingt ans après la catastrophe de Tchernobyl, la fréquence anormalement élevée des arythmies cardiaques chez les enfants vivant dans des zones contaminées par la catastrophe nucléaire a conduit au lancement du programme EPICE par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français (IRSN) dont l'objectif est d'évaluer les pathologies induites par le Césium 137, un élément radioactif qui se fixe sur les muscles.

La nouvelle est rapportée par l'AFP au retour d'un voyage de presse organisé par l'IRSN pour les journalistes français.

Depuis le mois de mai, 9000 enfants vivant dans des zones contaminées, qui comptent 110 000 habitants côté russe, ainsi qu'un groupe témoin de 9000 autres vivant à proximité dans des zones « propres » subissent des électrocardiogrammes, des échographies cardiaques et une mesure de la concentration du césium dans leur corps.

« Pour que les habitants n'aient pas le sentiment d'être des cobayes au service de la science, il était très important pour nous que les familles donnent leur accord, ce que les autorités russes ont mis du temps à comprendre » a expliqué Jean-René Jourdain, responsable du programme EPICE pour l'IRSN aux journalistes invités.

Il semble en effet que de nombreuses études aient déjà été menées sur le sujet par différentes équipes (Allemands, Danois, Américains…) mais que les habitants n'aient jamais été informés des résultats.

Pourtant, « l'observation » ne date pas d'hier. Dès 1990, un médecin biélorusse, Yuri Bandazhevsky, avait déjà émis l'hypothèse d'un lien entre la contamination des sols au césium et la fréquence des arythmies cardiaques chez les enfants. En 2006, Elisabeth Cardis, chef du groupe rayonnement et cancer au Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de Lyon annonçait : «Nous savons que de fortes doses de rayons X peuvent endommager les tissus cardiaques. Mais à plus faible dose, nous connaissons mal les effets.»

Contamination alimentaire, pathologies variées

Dans la grande ville de Novozybkov, la plus proche de la centrale, deux sources de contamination des enfants sont à déplorer : le sol et les aliments. Alors qu'il est toujours fortement déconseillé aux habitants de consommer des produits cultivés localement, la majorité d'entre eux, ne serait-ce que pour des raisons financières, ont continué de consommer végétaux, champignons, produits d'élevage (lait), gibier et personne n'a été forcé de partir. Pour éviter le contact avec les sols radioactifs, les rues ont été asphaltées, ainsi que les cours d'école. Mais 20 ans après, le bitume se fissure, et la ville manque de moyens pour engager les travaux nécessaires.

Les enseignants affirment que la quasi-totalité des enfants de la région sinistrée souffrent de diverses pathologies. Dans les années qui ont suivi l'explosion de la centrale en avril 1986, les habitants ont d'abord présenté un grand nombre de cancers de la thyroïde et des leucémies puis une fréquence accrue des arythmies et des cataractes.

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