JUPITER montre le bénéfice des statines au delà de 70 ans

Vincent Bargoin

9 septembre 2009

Barcelone, Espagne — L'utilisation des statines chez les personnes âgées continue de poser problème. On sait qu'au delà de 70 ans, cette classe est sous-utilisée en prévention secondaire et controversée en prévention primaire. La principale raison de cette controverse est l'affaiblissement de la relation entre cholestérol et risque cardiovasculaire avec l'âge. Une analyse du sous-groupe des sujets de 70 ans ou plus, inclus dans l'étude JUPITER, a été présentée lors du Congrès de l'European Society of Cardiology [1]. Ses résultats montrent que si le bénéfice relatif du traitement est effectivement inférieur à ce que l'on constate chez les sujets plus jeunes, son bénéfice absolu est en revanche supérieur.

Dr Glynn

En commentant la présentation de Robert Glynn
(Brigham and Women's Hospital, Boston), Gabriel Steg (Hôpital Bichat, Paris) a indiqué que cette analyse de JUPITER constitue « une preuve solide pour ne pas priver les personnes âgées du bénéfice des statines ».

Initialement, 17 802 sujets avaient été inclus dans JUPITER. Ces sujets étaient apparemment en bonne santé, présentaient un LDL < 130 mg/dL et un risque lié à une réponse inflammatoire importante (hsCRP > 2mg/L). Prévue pour durer 4 ans, l'étude a été interrompue après un suivi moyen de 1,9 ans, le bénéfice de la rosuvastatine (20 mg/j) étant significatif dès ce stade.

32 % de sujets > 70 ans dans JUPITER

Parmi les sujets participants à JUPITER, 5695 (32 %) étaient âgés de 70 ans ou plus lors du recrutement. On note que la diversité de recrutement, générale dans JUPITER, se retrouve dans ce sous-groupe (51 % de femmes, 70 % de caucasiens, 14 % d'hispaniques, 13 % de noirs). Le critère primaire — qui associait IDM non fatal, AVC non fatal, revascularisation, hospitalisation pour angine instable et décès cardiovasculaire — a été observé chez 393 sujets dans l'ensemble de l'étude. Parmi eux, 194 (49 %) étaient âgés de 70 ans ou plus.

En ce qui concerne l'effet de la rosuvastatine, on retrouve chez les personnes âgées un bénéfice significatif sur le critère primaire et une tendance favorable sur certains critères secondaires préspécifiés.

JUPITER : incidence du critère primaire chez les sujets > 70 ans inclus (taux pour 100 personne.années de suivi)


Rosuvastatine
Placebo
RR
p
Critère primaire
1,22
1,99
0,61
< 0,001
Décès (toutes causes confondues)
1,63
2,04
0,80
0,090
Thrombo-embolisme veineux
0,24
0,41
0,58
0,096
Diabète
1,20
0,98
1,21
0,27

Un bénéfice relatif moindre ; un bénéfice absolu supérieur

Chez les sujets de 70 ans ou plus, le risque relatif de survenue du critère primaire sous rosuvastatine par rapport au placebo, est de 0,61. Il est supérieur au risque relatif de 0,56 constaté dans l'ensemble de l'étude, et au risque de 0,51 constaté chez les moins de 70 ans. Il se confirme donc que le bénéfice relatif du traitement tend à diminuer avec l'âge. Pour autant, comme le risque absolu, lui, augmente avec l'âge, le bénéfice relatif, même diminué, se solde par un gain absolu supérieur. On peut ainsi calculer que pour éviter la survenue d'un critère primaire, il faudra traiter 19 patients > 70 ans durant 5 ans, contre 29 patients de moins de 70 ans (et 25 patients pour l'ensemble de JUPITER).

On note enfin que les effets secondaires n'ont pas été significativement plus fréquents chez les sujets de 70 ans ou plus.

Pr Steg

Jusqu'à présent, les différentes études menées en prévention primaire avaient recruté des patients relativement jeunes ( WOSCOPS
: 55 ans ; AFCAPS/TEXCAPS
: 58 ans ; MEGA
: 58 ans), et n'avaient pas permis d'apporter une réponse à la question des personnes âgées. Cette réponse vient d'être apportée par JUPITER. À une petite réserve près, cependant, soulignée par Gabriel Steg dans son commentaire. Les patients de JUPITER présentaient une hsCRP élevée.

Les conclusions de l'analyse présentée au congrès de Barcelone, sont elles généralisables à des sujets qui ne présenteraient pas d'inflammation ? Et à des patients de plus de 80 ans ? Ces questions restent ouvertes.    

L'étude JUPITER a été financée par Astra-Zeneca.

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