Test d'effort : la capacité physique en MET prédit le risque CV

Pascale Solère

22 juillet 2009

Mito, Japon — « Une bonne capacité physique (MET cf encadré) est associée à un moindre risque de décès totaux et d'événements coronaires/cardiovasculaires chez des sujets sains ou symptomatiques.

L'évaluation de la capacité physique par un test d'effort pourrait donc être fort utile pour affiner le risque de décès et le risque cardiovasculaire » conclut Saturo Kodama (Mito, Japon) à l'issue de la première méta-analyse menée sur les liens entre activité physique évaluée par le test d'effort, mortalité et événements coronaires et cardiovasculaires.[][1]

Précisions sur le MET

MET (metabolic equivalent task) = VO2max en mL/min/Kg divisé/3,5.

 
Cette unité n'est pas encore familière à tous les cardiologues, néanmoins la plupart des appareils d'ECG d'effort donnent aujourd'hui la capacité physique (MET) — Pr Carré (Rennes)
 

« Lors d'un test d'effort, les résultats donnés en consommation maximale d'oxygène permettent de comparer des sujets sur tapis roulant ou vélo. Pour simplifier, on l'a ramené à une unité de consommation d'oxygène en divisant par 3,5 mL d'O2 par minute et par kg de poids. Une consommation maximale de 35 mL/min/kg équivaut donc à une capacité physique fonctionnelle de 10 MET.

Cette unité n'est pas encore familière à tous les cardiologues. Néanmoins, la plupart des appareils d'ECG d'effort donnent aujourd'hui la capacité physique (MET) » explique le Pr François Carré (Rennes) à heartwire .

Une méta-analyse sur plus de 100 000 patients

Pr Carré

Les études épidémiologiques ont démontré qu'il existe une association inverse entre capacité physique et mortalité coronaire ou totale chez des sujets sains ou asymptomatiques. Mais la quantification du risque n'est pas bien établie. Cette méta-analyse visait à préciser cette relation quantitative chez les sujets sains.

« Dans cette méta-analyse de 33 études très variées, les auteurs ont dû avoir recours à des extrapolations (formules de calcul pour convertir d'autres données du test d'effort en MET), mais ils arrivent à classer à peu près bien les individus : 103 000 sujets pour la mortalité totale (21 études) et 84 000 sujets pour les événements cardiovasculaires (24 études) » commente F Carré.

L'âge moyen va de 37 à 57 ans suivant les études et le suivi de 1 à 26 ans. Les MET ont été ajustés sur l'âge et le sexe.

Trois catégories ont été définies : capacité physique basse (< 7,9 MET) , intermédiaire (7,9-10,8 MET) et haute (> 10,9 MET).

Des seuils de capacité physique, âge et sexe dépendants, associés à un surrisque significatif

 
1 MET est associé à une réduction de 13 % de la mortalité totale et de 15 % des événements CV. Ce n'est pas rien (équivalent à une réduction de 5 mm Hg PAS par ex.) — Pr Carré
 

Résultat, globalement « les sujets avec une capacité basse (< 7,9 MET) sont à haut risque. Ils ont un RR de décès égal à 1,70 (p < 0,001) et un RR cardiovasculaire de 1,56 (p < 0,001) comparativement à ceux présentant une capacité haute (> 10,9 MET) ; un RR de décès = 1,40 ( p < 0,001) et un RR cardiovasculaire = 1,47 (p < 0,001) comparativement à ceux à capacité intermédiaire ( (7,9-10,8 MET), après ajustement sur l'hétérogénéité ».

L'analyse de dose-réponse montre qu'un MET supplémentaire est associé à une réduction de 13 % de la mortalité totale et de 15 % des événements cardiovasculaires.

 
On considérait un cut-off autour de 6 MET. Les seuils proposés ici sont plus élevés mais affinés par tranche d'âge et en tenant compte du sexe (9/8/7 MET pour les hommes et 7/6/5 MET pour les femmes à 40/50/60 ans), ils paraissent très intéressants pour la pratique clinique — Pr Carré
 

« Cette méta-analyse confirme donc ce que l'on avait dans les études précédemment publiées où l'on était à 17-19 % par MET » commente le Pr François Carré. « Or ce n'est pas négligeable. En terme de risque, cela signifie qu'une augmentation d'1 MET a le même "poids" qu'une baisse de pression artérielle systolique de 5 mm Hg, de 7 cm du tour de taille, de 1 mmol/L de glycémie, de 1 mmol/L des triglycérides ou qu'une augmentation de 0,2 mmol/L de HDL ».

La méta-analyse suggère que la valeur seuil de 7,9 MET, associée à un surrisque substantiel de décès de toute cause et d'événements cardiovasculaires, peut être utile en prévention. Et les auteurs proposent des seuils de capacité, âge et sexe dépendants, associés à significativement moins d'événements. « Généralement, on considérait une valeur seuil autour de 6 MET. Les seuils proposés ici sont plus élevés mais affinés par tranche d'âge et en tenant compte du sexe : 9/8/7 MET pour les hommes et 7/6/5 MET pour les femmes à 40/50/60 ans. Ils paraissent très intéressants pour la pratique clinique » souligne F Carré

Seuils de capacité physique associés à un surrisque significatif (population saine)


Seuils critiques de capacité physique
Hommes
Femmes
40 ans
< 9 MET
< 7 MET
50 ans
< 8 MET
<6 MET
60 ans
< 7 MET
< 5 MET

En pratique, ce qu'il faut retenir de la capacité physique avec le Pr François Carré

Que mesure la capacité physique ?

« On considère que pour avoir une vie sociale, notamment pouvoir aller faire ses courses tout seul, il faut au moins avoir une capacité physique de 5 MET. Un seuil critique donc. Un étudiant français lambda de 20-25 ans a en moyenne une capacité physique voisine de 35-40 mL/min/kg de VO2, soit 10-11 MET et une étudiante entre 30-35 mL/min/kg de VO2 soit 9-10 MET . Par comparaison un champion olympique de marathon a une capacité physique comprise entre 20 et 22 MET. Mais il faut garder en mémoire que l'on peut très bien avoir une bonne capacité physique sans faire de sport. En effet, dans ce domaine aussi nous ne sommes pas égaux sur le plan génétique. Ainsi, certains sujets obèses ont une bonne capacité physique alors que certains sujets minces et actifs ont une capacité physique réduite. Le test d'effort est un véritable "banc d'essai" qui teste le coeur, les poumons, les muscles périphériques, l'endothélium vasculaire... C'est pourquoi on ne doit plus se contenter de donner des résultats du type test+, test -, mais détailler l'ensemble des paramètres explorés, cinétiques de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle mais aussi capacité physique en valeur absolue, également en valeur relative par rapport à la théorique attendue. Le message le plus important à retenir est que cette capacité physique est bien corrélée au risque de coronaropathie et de mortalité globale » souligne F Carré.

Comment augmenter la capacité physique ?

« L'entraînement physique peut améliorer cette capacité. On gagne 1 MET en 3-6 semaines avec une activité physique de 1000 kcal/semaine. Ainsi l'introduction de 30 minutes de marche active par jour, éventuellement en plusieurs fractions, permet de gagner plus d'1 MET. Mais s'il est relativement facile de gagner 1 MET, il est bien plus difficile d'aller au delà sauf chez les sujets "bons répondeurs" à l'entraînement physique. De plus, quand on arrête cette pratique, c'est comme avec les antihypertenseurs, les bénéfices disparaissent rapidement car l'effet n'est pas rémanent. Une autre manière d'augmenter sa capacité physique relative, exprimée en MET, c'est de perdre du poids (car on divise le VO2 maximal par le poids en kg) ! »

Faut-il intégrer cette capacité au score de risque de Framingham ?

« Il s'agit d'un facteur de risque indépendant de mortalité cardiovasculaire. Diverses études ont en effet montré qu'améliorer la capacité physique améliore indépendamment des autres facteurs de risque cardiovasculaire individuel. Et personnellement, dans ma pratique, je tiens compte de la capacité physique de mes patients. Un hypertendu avec un cholestérol élevé, une glycémie élevée plus une mauvaise capacité physique présente pour moi un risque cardiovasculaire mais aussi de mortalité globale très élevé imposant une prise en charge intensive. À l'inverse, un sujet en surpoids avec une hypertension modérée et une bonne capacité physique, présente sûrement un risque bien moins important. . Il me paraît donc intéressant d'intégrer la capacité physique au bilan classique et à l'estimation du risque individuel. Cependant, il faudrait auparavant chiffrer le coût d'un tel dépistage systématique au regard par exemple d'un dosage du cholestérol. Il semble difficile de faire un test d'effort à tous les sujets de plus de 40 ans. En revanche, on peut s'astreindre à chiffrer l'activité physique par un interrogatoire ciblé : Combien de temps par jour marchez-vous et à quel rythme ? Quels efforts êtes-vous capable de faire (monter 5 étages sans s'arrêter...) ?


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