Un homme de 56 ans meurt après avoir erré six heures en attente d'une coronarographie

Dr Muriel Gevrey

29 décembre 2008

Paris, France — Dans la nuit du 27 au 28 Décembre 2008, une équipe du Samu a tenté pendant 6 heures de trouver un service de coronarographie dans 27 hôpitaux d'Ile-de-France. Le patient est décédé alors qu'il arrivait enfin à l'hôpital Lariboisière. C'est l'association des médecins urgentistes de France (Amuf) présidée par Patrick Pelloux qui a soulevé cette affaire. Interrogé par Heartwire, le Dr Bertrand Guidet, Président de la SRLF (Société de Réanimation de Langue Française) reconnaît « la perte de chance » pour ce patient traité « de manière non optimale ». Il pointe aussi le retard dans la mise en application des décrets qui régissent la réanimation et la réduction des lits pour maintenir l'équilibre budgétaire.

Vers minuit samedi 27 décembre 2008, une équipe du Samu s'est rendue au domicile d'un homme de 56 ans à Massy (Essonne) pour un malaise cardiaque. Après avoir administré les premiers soins, le SAMU a cherché en vain auprès de 27 hôpitaux d'Ile-de-France une place dans un service de réanimation pouvant l'admettre pour une coronarographie.

L'équipe l'a amené aux urgences de l'hôpital de Longjumeau, qui dispose d'une réanimation mais n'était pas en mesure de lui faire une coronarographie. Ce n'est que vers 6H00 qu'une place s'est libérée à l'hôpital Lariboisière, à Paris, mais le patient est décédé lors du transfert vers cet établissement.

Problème de budget

Pour le secrétaire général de l'Amuf (Association des médecins urgentistes de France), Bruno Fagganielli, de nombreux lits de réanimation ont été fermés pendant la période des fêtes, faute de personnel, «puisque les hôpitaux n'ont plus les moyens de prendre des remplaçants» pour pallier l'absence des médecins et soignants en congé.

Interrogée par l'AFP, une porte-parole de l'AP-HP a indiqué que dimanche à 16h00, comme la veille à la même heure, cinq places de réanimation étaient disponibles en Ile-de-France, selon les données, rassemblées toutes les 24 heures, du Centre régional de veille et d'action sur les urgences. Dans un communiqué diffusé dimanche soir, l'Amuf a assuré «qu'à 20 heures, tous les services d'urgence sont saturés et qu'il n'y a plus de place de réanimation en Ile de France».

Situation grippée

Pour l'Amuf, «la sécurité des patients n'est plus assurée dans les hôpitaux en Ile-de-France pendant cette période de fêtes». Dans son communiqué, elle «demande aux plus hautes autorités de l'Etat de prendre immédiatement des mesures énergiques avant qu'une catastrophe sanitaire ne se produise». L'Amuf demande le déclenchement des Plans Blancs en Ile-de-France et le rappel des personnels en congés.

« L'hôpital ne souffre pas (...) d'un manque de moyens généralisé alors même que notre pays a les dépenses de santé par tête d'habitant parmi les plus élevées du monde », écrit Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, dans un communiqué. Selon lui, « ce qui est en cause c'est le rapport coût/efficacité en particulier parce que, plus qu'ailleurs, les 35 heures chères à Martine Aubry ont fait des ravages ! »

Dr Guidet

Bertrand Guidet, Président de la SRLF (Société de Réanimation de Langue Française) indique pour sa part :

« En période hivernale, on constate régulièrement au sein des services hospitaliers des situations de « flux tendu ». Les hôpitaux n'ont aucune réserve de sécurité et l'ensemble des filières sont « grippées ». Il est donc indispensable de libérer des places de réanimation et donc de pouvoir transférer les patients des services de réanimation vers les services classiques de l'hôpital. Dans la situation qui nous intéresse, et en attendant d'autres éléments avant d'établir un avis définitif, le patient a probablement été victime de cette situation. Il est également utile de rappeler le retard d'application des décrets qui régissent la Réanimation et la mise aux normes, puisque près de la moitié des services de réanimation français ne sont pas en situation réglementaire, bien que les décrets soient applicables et opposables depuis Avril 2007. En outre les réformes de financement des hôpitaux font courir un risque important de sous dotation des unités de Réanimation ».

 
« Il y a certainement eu une perte de chance mais il n'est pas sur qu'en ayant été pris en charge en réanimation le patient ait survécu » Dr Bertrand Guidet (Président de la Société de Réanimation de Langue Française)
 

Interrogé par heartwire, le Dr Guidet indique qu'il n'y a pas suffisamment d'infirmières par nombre de lit pour être aux normes. Il souligne : « le risque est de réduire l'offre de soins en réanimation et c'est ce qu'on a pu voir avec ce cas. Il y a certainement eu une perte de chance mais il n'est pas sur qu'en ayant été pris en charge en réanimation le patient ait survécu. »

Manque d'organisation

« Ce n'est pas seulement un manque de moyen mais la mise en œuvre de ces moyens » a souligné pour sa part le Pr Philippe Juvin (Chef de service des urgences, Hôpital Beaujon) au journal télévisé de 13 heures sur France 2, Lundi 29 Décembre. Le réanimateur doute aussi que la réalisation en urgence de la coronarographie ait sauvé le patient apparemment atteint d'une pathologie très lourde. Il déplore un « système non piloté » où règne l'opacité sur la gestion des lits de réanimation.

Le Dr Guidet indique qu'il existe le système CAPRI qui permet de connaître les disponibilités des lits de réanimation. Il précise : « La mise à jour est faite deux fois par jour mais c'est basé sur du déclaratif et ça pose des problèmes d'actualisation. Souvent, on garde un lit de réa pour les hospitalisations en interne afin d'éviter de retransférer un malade dans un autre hôpital. Il faudrait réfléchir à optimiser ce système ».

Selon une Dépêche Reuters, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé lundi 29 Décembre 2008 l'ouverture d'une enquête administrative, notamment pour « reconstituer le parcours du patient depuis sa prise en charge par le Samu jusqu'à son décès. »

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