ObÉpi 2006 : des obésités de plus en plus sévères et précoces en France

Dr Corinne Tutin

12 octobre 2006


Depuis 1997, les Laboratoires Roche réalisent en collaboration avec le Pr Arnaud Basdevant (Hôtel-Dieu, Paris) et le Dr Marie-Aline Charles, épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm (unité 258), une enquête épidémiologique triennale sur la prévalence du surpoids et de l'obésité auprès d'un échantillon représentatif de la population adulte française. Après les études de 1997, 2000 et 2003, 20 000 foyers français ont de nouveau été sondés sur ce thème entre le 27 janvier et le 16 mars 2006 par la société TNS Healthcare Sofres. La méthodologie de l'enquête a été identique à celle des études précédentes, mais une attention toute particulière a été octroyée dans cette quatrième édition d'ObÉpi à la prévalence des facteurs de risque cardiovasculaire associés à l'obésité, de même qu'au poids des personnes de 65 ans ou plus.

Bonne nouvelle, l'accroissement de l'obésité ralentit en France…

Paris, France - L'analyse des résultats de l'enquête ObÉpi 2006, recueillis auprès de 23 747 adultes de 15 ans et plus et rendus publics le 19 septembre dernier, permet de dégager plusieurs tendances [1]. De prime abord, avec 12,4 % d'adultes concernés, soit 5,9 millions de personnes, la fréquence de l'obésité continue certes d'augmenter en France (11,3 % en 2003, 8,2 % en 1997), mais cet accroissement s'atténue en comparaison des enquêtes précédentes (+ 9,7 % entre 2003 et 2006, contre + 17 % entre 1997 et 2000, et + 17,7 % entre 2000 et 2003). Pour la première fois depuis 9 ans, la fréquence du surpoids (29,2 %) tend à se stabiliser. En revanche, avec un pourcentage d'obésités massives (IMC > 40 kg/m2) de 0,8 % en 2006, contre 0,6 % en 2003 et 0,3 % en 1997, la fréquence des formes graves d'obésité s'élève toujours aussi régulièrement et nettement qu'au cours des années précédentes.

Evolution de l'IMC des Français entre 1997 et 2006 selon l'étude ObÉpi


1997
2006


5 %
4,9 %









7,9 %
11,6 %


0,3 %
0,8 %

(Pour télécharger ce tableau sous forme de diapositive, cliquez sur l'icône PPT située en fin d'article.)

… mais l'obésité apparaît de plus en plus tôt de génération en génération…

De plus, comme le souligne le Pr Basdevant, « les jeunes générations sont atteintes plus précocement par la maladie que les précédentes et elles développent des formes de plus en plus sévères d'obésité. » Ainsi, 8,7 % des adultes de 25 à 34 ans sont-ils obèses en 2006 alors qu'ils n'étaient que 5,5 % en 1997. Chez les individus nés entre 1966 et 1972, 10 % étaient, par ailleurs, devenus obèses à l'âge de 34 ans alors que ce pourcentage de sujets obèses n'est atteint qu'à l'âge de 49 ans pour les personnes nées entre 1946 et 1951.

Au vu de ces tendances, « les cardiologues doivent donc s'attendre à voir arriver en consultation un nombre croissant de patients obèses dans les années à venir, ce qui peut poser problème, » ajoute le Pr Basdevant, « car l'imagerie cardiaque peut être difficile à interpréter chez ces sujets et il faudra d'ailleurs probablement adapter les méthodes d'investigation pour améliorer cet état de fait. Avec 36,1 % de sujets obèses déclarant être traités pour une HTA, l'enquête OBEPI révèle aussi que l'existence d'une obésité majore considérablement la fréquence des traitements pour hypertension artérielle, ce qui n'est après tout pas très surprenant. »

A noter aussi que 24,3 % de ces obèses étaient également traités pour une dyslipidémie et 9,9 % pour un diabète de type 2 et au total, la probabilité de traitement pour 3 facteurs de risque était multipliée par 12 chez les personnes obèses (et par 5 chez les sujets en surpoids).

« Cette enquête, qui est purement descriptive, ne fournit pas de renseignement sur les autres facteurs de risque cardiovasculaire associés, mais on peut penser qu'il est également important de rechercher chez ces obèses une insuffisance cardiaque, bien qu'elle soit difficile à diagnostiquer chez eux, ainsi que l'existence de troubles du rythme car leur fréquence est augmentée dans cette population de patients. Il faut en outre penser aux possibles conséquences cardiaques des atteintes respiratoires associées à l'obésité, qu'il s'agisse d'apnée du sommeil ou de maladie thrombo-embolique. »

… et elle concerne désormais les plus de 65 ans

Un autre point frappant, mis en exergue par l'enquête ObÉpi 2006, est que les seniors présentent à leur tour une augmentation de fréquence de l'obésité, « ce qui n'était pas connu auparavant, » explique le Pr Basdevant. Si la population des Français de 65 ans et plus a un poids moyen (71,1 kg) proche de celui des adultes de 15 ans ou plus (70,5 kg), la proportion de sujets obèses (16,5 %) chez ces seniors est certes un peu moins importante que parmi les 55-64 ans (18,3 %) - qui représentent la tranche d'âge la plus atteinte par l'obésité - mais plus élevée que dans la population générale française des adultes de plus de 15 ans (12,4 %) et même que chez les 45-54 ans (14,9 %). Cette obésité des seniors se voit aussi bien chez les hommes (17,1 %) que chez les femmes (16,0 %), mais le poids diminue de nouveau après 75 ans.

 
Des études épidémiologiques devront être conduites en France pour déterminer si l'obésité au-delà de 65 ans est réellement nocive pour la santé et notamment pour la santé cardiovasculaire, car cela n'est pas formellement prouvé - Pr Arnaud Basdevant (Hôtel-Dieu, Paris).
 

Il reste que cette enquête française ne fournit aucune réponse quant à l'attitude à avoir vis-à-vis de ces sujets âgés obèses. « Des études épidémiologiques devront être conduites en France pour déterminer si l'obésité au-delà de 65 ans est réellement nocive pour la santé et notamment pour la santé cardiovasculaire, » précise le Pr Basdevant, « car les données américaines sont contradictoires sur ce plan. Compte tenu de la possibilité d'insuffisance cardiaque, de troubles du rythme, il est probable que l'obésité est source de morbidité cardiovasculaire chez les personnes âgées, mais encore faut-il le démontrer. Pour l'instant, nous ne savons pas s'il faut faire maigrir les obèses âgés, alors que la Swedish Obese Subjects Study en a attesté l'intérêt chez les obèses plus jeunes, une diminution du risque cardiovasculaire étant observée chez ces sujets après perte pondérale induite par un geste de chirurgie bariatrique » [2].

Des différences socio-économiques et régionales ont également été relevées dans l'enquête ObÉpi 2006, ce qui confirme les résultats trouvés depuis 1997. La prévalence de l'obésité est ainsi inversement proportionnelle au niveau de revenus du foyer et, on note pour la première fois une amorce de diminution de la prévalence de l'obésité chez les revenus les plus élevés, qui devra toutefois être confirmée. Le Nord conserve le triste privilège de demeurer la première région française pour la prévalence de l'obésité en France (18,1 %) devant l'Est (14,1 %) et le Bassin Parisien (13,4 %) mais, déplorent les enquêteurs, « aucune région n'est épargnée par l'augmentation de prévalence de la maladie. »

Une taille qui s'alourdit chez les femmes

Enfin, si les hommes sont, en 2006, davantage concernés par le surpoids que les femmes (35,6 % chez les premiers contre 23,3 % chez les secondes), les femmes sont plus nombreuses à être obèses (13 %) que les hommes (11,8 %). Surtout, avec une prévalence de l'obésité qui s'est accrue entre 1997 et 2006 de 64 % chez les femmes et de 40 % chez les hommes, l'obésité s'aggrave davantage dans le sexe féminin que dans le sexe masculin, « un fait pour lequel on n'a pas d'explication, », admet le Pr Basdevant.

Cette augmentation de l'obésité féminine s'accompagne d'un accroissement, dans cette population, de l'obésité abdominale. En 9 ans, le tour de taille moyen s'est en effet davantage accru chez les femmes françaises (83,7 cm versus 79,2 cm ; + 4,5 cm) que chez les hommes français (92,9 cm versus 90,5 cm ; + 2,4 cm). En 2006, 35,8 % des femmes françaises avaient un tour de taille supérieur à la valeur seuil de 88 cm pour le NCEP contre 24,6 % en 2000 (valeurs respectives de 22,2 % en 2006 et de 24,8 % en 2000 chez les hommes pour la valeur seuil de 102 cm). « Ce qui fait craindre un surcroît prochain de risque cardiovasculaire, compte tenu des associations entre obésité abdominale, syndrome métabolique, HTA, diabète et dyslipidémie, » souligne le Pr Basdevant.

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