Trop froid, trop chaud ou trop humide, trois conditions qui majorent le risque de mourir d'un infarctus

Dr Catherine Desmoulins

27 juillet 2006

Athènes, Grèce - La température ambiante est un important facteur prédictif d'infarctus létal, même sous un climat méditerranéen relativement tempéré comme celui d'Athènes en Grèce. L'étude CLIMATE, publiée dans Heart n'est pas la première du genre. [1] Mais son originalité tient probablement au fait qu'elle a analysé les données de l'Institut météorologique grec en tenant compte de la température, de la pression atmosphérique et de l'humidité d'une part et qu'elle s'est axée sur la mortalité par infarctus d'autre part.

CLIMATE a colligé l'ensemble des décès par IDM aigu durant l'année 2001 dans la région d'Athènes, soit au total 3126 infarctus dont 1953 chez des hommes. Chaque décès était apparié aux conditions climatiques, dans la semaine et le mois précédent.

Le premier constat est qu'il existe d'importantes variations saisonnières. L'hiver, le nombre de décès quotidiens par IDM s'élève à 9,89 alors qu'il n'est que de 7,35 en été (+31,8 %) et la moyenne annuelle est de 8,56. A noter que les températures les plus basses enregistrées sont de 1°C, les plus fortes de 39 °C. L'humidité relative s'étend de 26 % en août à 91 % en novembre. La pression atmosphérique va de 1001 mbars (décembre) à 1030 mbars (février).

Les variations mensuelles de la mortalité par infarctus sont encore plus prononcées chez les plus de 70 ans qui passent de 3,53 infarctus fatals par jour en juin à 7,03 par jour en décembre (p<0,001). Elles n'atteignent pas le seuil de significativité quand les sujets sont plus jeunes. L'analyse en régression non linéaire des données de mortalité quotidienne montre que le facteur prédictif le plus puissant du nombre de décès est la température moyenne dans les sept jours précédents l'IDM. La relation entre la température et le nombre d'infarctus létaux suit une courbe en U, avec un minimum à 23,3°C.

L'humidité relative semble aussi jouer un rôle puisque l'analyse des données mensuelles montre que la moyenne des humidités relatives est indépendamment corrélée à la mortalité mensuelle. "Sous des climats qui s'accompagnent de peu d'écarts de température, l'humidité relative pourrait avoir un rôle important sur la mortalité cardiovasculaire, suggèrent les investigateurs. Cela reste à démontrer."

En revanche, aucun lien entre la pression atmosphérique et la mortalité par infarctus n'est apparu dans CLIMATE. Ce résultat contraste avec celui de l'étude lilloise MONICA (Monitoring trends and determinants in cardiovascular disease) qui obtenait une courbe en U entre la pression atmosphérique et les infarctus (incidence et mortalité). Une discordance qui pourrait s'expliquer, d'après les auteurs, par la nature du climat lillois océanique humide.

"Athènes a un climat méditerranéen avec des hivers doux et des étés chauds et longs, précisent les auteurs. L'augmentation des décès par infarctus en période froide est quelque chose de connu. On voit aussi qu'au-delà de 23°C, les décès se remettent à augmenter, malgré les efforts des autorités locales pour fournir de l'air conditionné aux personnes âgées l'été. D'autant qu'il semble exister un effet physiologique cumulé des fortes et faibles températures".

Quant aux mécanismes incriminés à l'origine des décès, les seuls que l'on explique relativement bien sont ceux liés au froid : vasoconstriction, augmentation de l'activité sympathique, tachycardie, augmentation de la PA , majoration de la charge cardiaque. En complément de ces modifications hémodynamiques, le taux de fibrinogène plasmatique et l'activité du facteur VII sont augmentés en hiver avec pour conséquence un état d'hypercoagulabilité propice aux thromboses.

En revanche, peu de travaux ont été faits pour comprendre l'augmentation de la mortalité coronaire par forte chaleur. Et le lien entre l'humidité ambiante et la mortalité n'est pas clair.

Et la pollution atmosphérique ?

Une des limites de cette étude CLIMATE est de n'avoir pas tenu compte de la pollution atmosphérique, connue pour influencer la mortalité cardiovasculaire-sachant que la pollution hivernale à Athènes est plus forte que l'été. Les investigateurs reconnaissent cette faiblesse en précisant que l'on n'a jamais trouvé de lien entre la pollution et les morts par infarctus. Ils notent aussi que les polluants les plus dangereux en matière de risque cardiovasculaire sont les petites particules. Or il n'y a pas de différence significative de ce paramètre entre les différents mois de l'année à Athènes.


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