Vasectomie et cancer de la prostate: les doutes persistent

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

27 mars 2017

Oxford, Royaume-Uni — Une nouvelle étude prospective, portant sur près de 85 000 hommes, vient confirmer l’absence de corrélation entre la vasectomie et le risque de développer un cancer à un stade avancé ou mortel [1]. Toutefois, le risque réel pourrait être masqué par un recours plus systématique au dépistage chez les hommes optant pour cette méthode de contraception définitive.

Les hommes qui décident de passer par une vasectomie sont-ils, oui ou non, plus exposés à un risque de cancer de la prostate? Difficile de répondre clairement à cette question, tant les données des études observationnelles successives apparaissent contradictoires. De fait, le risque de cancer de la prostate ne représente pas une contre-indication à la vasectomie.

Des résultats préoccupants ont pourtant été rapportés, en 2014, dans une large étude prospective [2]. Conduite par l’équipe du Dr Lorelei Mucci (Harvard School of Public Health, Boston, Etats-Unis) pendant 24 ans, sur une cohorte de près de 50 000 hommes, elle a révélé un risque accru de 10% de développer un cancer de la prostate. Une corrélation qui concernait surtout les formes les plus agressives.

Quels mécanismes en jeu?

Les auteurs de cette étude avaient appelé à « poursuivre les recherches pour clarifier cette association entre cancer de la prostate et vasectomie ». Avant d’émettre une mise en garde, il est apparu essentiel de comprendre les éventuels mécanismes sous-jacents à l’origine de l’apparition d’un cancer.

Plusieurs pistes sont évoquées. L’intervention, qui consiste à sectionner les canaux déférents, pourrait, en induisant une réaction inflammatoire, agir sur le système immunitaire, stimuler la prolifération cellulaire ou encore provoquer des déséquilibres hormonaux. Autant de facteurs qui favoriseraient le développement d’un cancer de la prostate.

Risque accru chez les plus jeunes

Deux ans plus tard, une nouvelle étude prospective, portant cette fois sur une cohorte beaucoup plus large, est apparue moins alarmiste. L’analyse des données de plus de 360 000 hommes suivis pendant 30 ans, a montré une absence de lien entre la vasectomie et le cancer de la prostate [3]. Avec un léger sur-risque de 18% pour des cancers de bas grade, en fin de suivi.

Dans ces nouveaux travaux, menés par Karl Byrne et son équipe de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), l’absence de corrélation est encore mise en évidence. Les chercheurs ont repris les données de 84 753 hommes, provenant de la cohorte European prospective investigation into cancer and nutrition (EPIC).

Agés de 35 à 79 ans, lors de l’inclusion, ces volontaires ont été suivis pendant près de 15 ans en moyenne. Parmi eux, 15% ont déclaré lors de l’inclusion avoir eu recours à une vasectomie. Au cours du suivi, 4 377 hommes ont développé un cancer de la prostate, dont 641 après vasectomie.

Après ajustement sur divers facteurs de risque, comme le tabagisme, l’indice de masse corporelle ou l’activité physique, les auteurs montrent qu’il n’y a pas de lien entre la contraception définitive et le développement de formes agressives et mortelles de cancer de la prostate.

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